Zero Inbox et une résolution

Un beau jour, j’ai lu un article sur le blog du comédien et animateur de théâtre Yvan Richardet.

Zero Inbox.

What?

« Une fois par jour, ma boîte de réception des mails est vide. »

Coup de foudre.

Parce qu’en théorie, je consulte ma boite d’emails chaque jour, je réponds à tout le monde tout de suite et tout le monde est tout de suite content. En pratique, ma boite prend parfois la poussière parce que j’ai des trucs (que je considère plus) urgents/importants à faire. Comme préparer l’atelier de demain (bah oui c’est quand même l’essentiel du métier les ateliers… qu’on se rassure!).

Et ça me fatigue.

Selon l’article, s’habituer à traiter ses courriels une fois par jour permet de se sentir plus léger, d’être à jour et de ne pas perdre de vue ses objectifs. Un rituel léger (moins de 15 minutes, nous promet-on) et plus que bénéfique pour l’organisation du travail, donc.

Alors on va rajouter ça à la liste des nouvelles résolutions:

  • 180 minutes de méditation par jour pour devenir surpuissant;
  • pas d’écran avant et après le déjeuner, avant et après le diner, avant et après le souper pour devenir zen;
  • promenades hebdomadaires à poney pour devenir aéré;
  • 240 minutes de lecture par jour pour devenir intelligent;
  • sport 12x par semaine pour devenir musclé;
  • et Zero Inbox pour devenir méga-organisé!

Pour aller plus loin:

11 façons d’échapper au célèbre « t’as aimé? »

Vous connaissez très bien cette situation. Vous allez voir le spectacle mis en scène par votre ami Georges-Henri. Ce n’est pas brillant. Alors que vous pensiez filer en douce une fois le rideau tombé, Georges-Henri vous coince dans le foyer du théâtre. L’araignée!

Il vous demande : « T’as aimé? »

Vous pensez : « Pas du tout. »

Et vous répondez : « Euh… »

Vertige. Vous ne savez pas quoi ajouter…

Voici 11 façon de vous extraire de cette toile tendue par l’homme à huit pattes.

Lire la suite « 11 façons d’échapper au célèbre « t’as aimé? » »

Parfois on croit qu’on sait

Comment former les groupes? Deux méthodes sont généralement pratiquées. Soit on laisse les participant·e·s s’organiser. Soit on organise les groupes en faisant attention de répartir les « bons élèves » (comme on dit dans le jargon) dans tous les groupes et en diluant les « élément perturbateurs » (comme on dit dans le milieu) dans les différentes équipes. En somme l’expert, c’est soit le groupe (qui s’organise), soit la ou le prof (qui organise).

Il y a pourtant une troisième voie (ma préférée): le hasard. Et un jour j’ai failli perdre la foi.

C’est l’histoire d’un atelier théâtre. L’histoire d’un tirage au sort a priori malchanceux. Je mélange les cartes et là, c’est le drame. Plusieurs enfants « actifs », « perturbateurs » ou « agités » (comme on dit dans le métier) se retrouvent dans la même équipe. Oups. Ça ne va jamais fonctionner. J’aurais sans doute dû tricher. Tirer à nouveau les groupes au sort en prétextant une crampe au poignet lors du brassage des cartes ou une quelconque confusion. Je suis certain que le groupe ne va pas « fonctionner » lors de la création de la scène. Qu’il y aura des conflits. Des cris. Et les téléphones de parents le soir venu.

Et pourtant c’est l’histoire d’un groupe qui « fonctionne » à merveille alors que je n’y croyais pas vraiment. L’histoire d’un groupe qui présente une scène structurée, précise, drôle. Bref, parfaite.

Morale de l’histoire? J’ai rangé le masque de l’expert·e dans la malle à costumes. Il prend la poussière et c’est très bien comme ça.

Parfois on croit qu’on sait mais en fait on sait pas.


Sur le même sujet:

La puissante métaphore de la troupe

J’ai découvert la pratique du théâtre à travers l’histoire de la troupe de Molière, que nous avions jouée, adolescent·e·s. Depuis, cette notion de troupe me poursuit. Je n’en dors plus.

Qu’est-ce qu’une troupe? Des gens qui se rassemblent, pendant un temps, pour partager et faire partager un texte, une histoire.

Une bande d’ami·e·s? Pas forcément, même si la coopération peut fabriquer de l’amitié. Un dommage collatéral!

Cette notion de troupe est très utile lorsqu’on demande à des comédien·ne·s de travailler ensemble. Une idée inconsciente règne souvent: pour former un groupe et avoir du plaisir au travail, il faudrait être ami·e préalablement.

J’insiste souvent sur le fait que je ne demande pas de lier des amitiés lors du travail de groupe, mais « uniquement » de collaborer à la création de scènes. Cela permet de répondre aux remarques des comédien·ne·s qui veulent uniquement jouer avec tel·le autre acteur·trice. Et éviter ainsi la terrible loi du tirage au sort.

Pour le coup, les compagnies professionnelles peuvent servir de modèle: les comédien·ne·s ne se choisissent pas… mais doivent composer avec les autres. C’est le cas pour la famille, le monde professionnel, l’équipe de foot, etc.

Le théâtre devient ainsi un lieu d’apprentissage de la coopération avec des personnes qui n’ont pas forcément les mêmes méthodes, les mêmes idées, le même tempérament, la même origine sociale, etc.

Un lieu d’apprentissage des différences à travers la fabrication d’histoires communes. C’est pas beau?

Les lumières de l’enfance

Nancy Huston, Professeurs de désespoir
Nancy Huston, « Professeurs de désespoir », Actes Sud

« Presque toujours, me semble-t-il, un professeur de désespoir est un enfant mutilé qui a choisi d’aggraver son handicap » , écrit l’auteure Nancy Huston dans la conclusion d’un de ses essais. Elle cartographie la désespérance qui hante certains pans de notre époque et de la littérature contemporaine. Au programme: retrait du monde, haine des femmes et de la vie.

Un chapitre de « Professeurs de désespoir » a particulièrement retenu mon attention. Le chapitre en question s’intitule « Oubli de l’enfant ». Nancy Huston y développe l’idée suivante: à l’inverse des « professeurs de désespoir » coupés des liens sociaux et de la réalité matérielle de l’existence, les femmes noueraient davantage de rapports avec la vie quotidienne. Elle résume: « Une femme a presque toujours une connaissance intime de la vie matérielle, et cette connaissance lui fait remarquer le passage du temps et les rythmes du corps.« 

Cette absence de liens avec le quotidien se manifeste également sous le forme d’une coupure avec l’enfance. La sienne ou celle des autres. Dans leur sombre solitude, les « professeurs de désespoir » ne perçoivent pas les lumières de l’enfance. Lueurs que Nancy Huston décrit: « vivant auprès des enfants, j’ai vu la lente émergence du langage, de la personnalité, l’hallucinante construction d’un être, sa façon d’ingurgiter le monde, de le faire sien, d’entrer en relation avec lui: bouche bée, j’ai vu arriver les premiers mots, les premiers jeux de mots, et puis les études, et puis le choix du métier, j’ai vu le cycle, et j’ai vu que c’était passionnant » .

Toute une palette

Une belle idée se loge dans le texte de Nancy Huston: côtoyer l’enfance, l’enfant que nous étions, génère un rapport au monde plus radieux. Sans aboutir à tout prix à n’enseigner que l’espoir, son essai appelle à être en lien avec notre quotidien. La matière, les autres. Et à ne pas laisser les tragédies et les absurdités éclipser totalement cette vie.

C’est une ode à la complexité. « La vie humaine […] est complexe, donc imprévisible, donc passionnante: c’est la condition de notre réflexion et la source exclusive de notre lumière » . Dans la palette de cette l’auteure il y a plusieurs couleurs. Du blanc et du noir, du foncé et du clair.

Et un arc-en-ciel entre deux.