Les lumières de l’enfance

Nancy Huston, Professeurs de désespoir
Nancy Huston, « Professeurs de désespoir », Actes Sud

« Presque toujours, me semble-t-il, un professeur de désespoir est un enfant mutilé qui a choisi d’aggraver son handicap » , écrit l’auteure Nancy Huston dans la conclusion d’un de ses essais. Elle cartographie la désespérance qui hante certains pans de notre époque et de la littérature contemporaine. Au programme: retrait du monde, haine des femmes et de la vie.

Un chapitre de « Professeurs de désespoir » a particulièrement retenu mon attention. Le chapitre en question s’intitule « Oubli de l’enfant ». Nancy Huston y développe l’idée suivante: à l’inverse des « professeurs de désespoir » coupés des liens sociaux et de la réalité matérielle de l’existence, les femmes noueraient davantage de rapports avec la vie quotidienne. Elle résume: « Une femme a presque toujours une connaissance intime de la vie matérielle, et cette connaissance lui fait remarquer le passage du temps et les rythmes du corps.« 

Cette absence de liens avec le quotidien se manifeste également sous le forme d’une coupure avec l’enfance. La sienne ou celle des autres. Dans leur sombre solitude, les « professeurs de désespoir » ne perçoivent pas les lumières de l’enfance. Lueurs que Nancy Huston décrit: « vivant auprès des enfants, j’ai vu la lente émergence du langage, de la personnalité, l’hallucinante construction d’un être, sa façon d’ingurgiter le monde, de le faire sien, d’entrer en relation avec lui: bouche bée, j’ai vu arriver les premiers mots, les premiers jeux de mots, et puis les études, et puis le choix du métier, j’ai vu le cycle, et j’ai vu que c’était passionnant » .

Toute une palette

Une belle idée se loge dans le texte de Nancy Huston: côtoyer l’enfance, l’enfant que nous étions, génère un rapport au monde plus radieux. Sans aboutir à tout prix à n’enseigner que l’espoir, son essai appelle à être en lien avec notre quotidien. La matière, les autres. Et à ne pas laisser les tragédies et les absurdités éclipser totalement cette vie.

C’est une ode à la complexité. « La vie humaine […] est complexe, donc imprévisible, donc passionnante: c’est la condition de notre réflexion et la source exclusive de notre lumière » . Dans la palette de cette l’auteure il y a plusieurs couleurs. Du blanc et du noir, du foncé et du clair.

Et un arc-en-ciel entre deux.

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