Bricoler en ces temps mouvementés

C’est la même histoire. Même s’il y a deux manières de la raconter.

Crise sanitaire. Nous devons désormais enseigner le théâtre – cet art des corps en présence – à distance. Barricadé·e·s derrière nos écrans d’ordinateur. Première réaction: on se dit que ce n’est pas possible. On se braque. On marmonne. Et on maudit. C’est le printemps cependant et au fil des heures ou des jours germent de nouveaux dispositifs auxquels on n’aurait pas pensé auparavant. Ici on misera par exemple sur de l’écriture à travers la création d’un concept de costumes. Là on évoquera l’existence du théâtre radiophonique. L’obsession: comment continuer à partager des mots et à créer du commun?

C’est une histoire qui se raconte aussi autrement. Le jardin botanique est mon lieu de pèlerinage hebdomadaire. Pittoresque, non? L’autre jour nous nous sommes pourtant heurtés à une grille fermée. Du jamais vu! Ce doit être un lieu de regroupement. Comme le théâtre. Endroits désormais désertés. Nous avons dû rebrousser chemin. Retourner dans l’ombre de l’appartement ou trouver autre chose? Plutôt longer la lisière de ce jardin botanique! Cette promenade le long d’une digue nouvelle nous a menés sur un rocher dans les hauteurs de la forêt. Un coucher de soleil digne d’une carte postale s’est déployé dans le ciel. Et c’est une vue à laquelle nous n’aurions pas assisté au fin fond de notre jardin.

Je ne sais pas très bien comment formuler cette impression. Peut-être: nos ruisseaux trouvent toujours une voie par laquelle s’écouler – peu importe les barricades de brindilles et de cailloux au chemin.

Un seul doute persiste néanmoins. Quand trahissent-ils leur source?


Pour aller plus loin:

Série d’articles « Ce que le confinement fait au théâtre » (lire l’appel à contributions)

Ce que le confinement fait au théâtre: l’annuaire

Les spectacles annulés. Les ateliers interrompus. Les critiques journalistiques suspendues.

En ces temps mouvementés, certains repères s’effacent. D’autres sont sans doute à construire. Car l’heure est au ralentissement – du moins pour certain·e·s – et aux rebondissements. L’occasion peut-être de prendre du recul… et de réfléchir à ce que le confinement fait au théâtre?

Envie de participer à ces réflexions?

Dans cet article, vous trouverez des liens vers les différentes publications de ce blog liées à cette thématique, ainsi que vers d’autres initiatives et réflexions découvertes ou recueillies par-ci, par-là.

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Le Temple et l’encas

PAR MATHIEU MENGHINI • La presse s’est faite l’écho, ces derniers mois, de la multiplication d’initiatives culturelles originales dont la tenue de performances artistiques à midi ou en appartement.

La culture doit-elle devenir « encas » pour trouver place dans nos existences pressées ? Ces développements signent-ils le dépérissement du cérémonial théâtral ?

Analysons l’un de ces phénomènes – celui du théâtre à domicile.

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Du théâtre à la maison

PAR JEAN PRÉTÔT • « Ce que le confinement fait au théâtre? » Du mal, sans nul doute, pour tous ses corps de métier.

Le public? Les aficionados attendront patiemment la nouvelle date du spectacle, les amateurs continueront à lire des pièces, suivront les actualités du milieu, vivront avec la certitude que l’art qu’ils chérissent en sortira plus fort, comme il l’a toujours été après les grandes crises de l’Histoire.

Mais les autres? J’aime beaucoup entendre ceux qui disent ouvrir le théâtre à ceux qui n’y viennent jamais, rappeler que la scène ne se résume pas à des costumes, à la portée d’une voix ou à des répliques extravagantes : je préférerais qu’on montre comment une phrase, sur scène, peut changer une vie, comment une parole passe de l’écrit à l’oral, autrement dit qu’on explique, avec des mots simples -et pas simplistes- pourquoi celui ou celle qui consacrera sa soirée à observer ses semblables en train d’en mimer d’autres est une expérience puissante et unique.

L’actuel confinement en ce sens a une carte à jouer. Inutile de rêver: en pleine urgence sanitaire, l’essentiel, c’est le vital, des professions risquent leur vie quand d’autres ont le luxe de gloser et de rêver.

Le public à cibler si l’on veut qu’il se sente concerné, c’est celui des écoliers. Et pas de distinctions! Petits des crèches, du secondaire, en passant par le primaire ou les étudiants, tous, ces jours, ont un besoin que les vidéos qui circulent en masse ne peuvent pas assouvir et qui a trait au jeu, à l’expression, à la voix, son rythme, ses hésitations, finalement ce qui fait qu’ils se sentent écoliers, avec ce sentiment d’appartenir à un groupe, sans avoir à parler d’assiduité, de niveaux ou de connaissances.

L’objectif reste une épreuve. Rien, actuellement, n’existe vraiment pour mettre les élèves dans une telle position. On pourrait d’abord commencer par un peu d’histoire, retrouver l’intérêt des origines, comment cette forme artistique a émergé et pourquoi elle est encore vivante aujourd’hui. On pourrait ensuite offrir quelques extraits, en décrivant ce qui se cache derrière les décors, interroger des spectateurs, montrer que certains rient alors que d’autres pleurent, essayer de saisir la magie qui s’opère dans une salle sans pouvoir (pour l’heure) y mettre les pieds. En somme: susciter un désir pour le théâtre afin d’y pousser les portes quand le confinement sera fini!

Laisser ensuite parler les auteurs, les comédiens, leur demander d’expliquer le plaisir qu’ils ont à se mettre ainsi en danger. Finir par des exercices pratiques, en oubliant pour une fois la vidéo et en se concentrant sur la voix, beaucoup plus anxiogène: on peut par exemple demander qu’ils enregistrent une réplique, à partir d’une très courte situation initiale, avec des critères imposés (deux voix, personnages enrhumés, trois heures au clocher, etc.). Par un jeu de bruitages, de voix et de distribution, on peut arriver à des résultats tout à fait probants et assez près de l’objectif fixé.

Vous le faites déjà, bien sûr, dans la médiation culturelle, et je suis conscient que je n’apporte là rien de très original. Espérons seulement que le confinement ne conditionnera pas trop l’esprit de nos élèves, avec cette impression que l’école à la maison doit ressembler à celle intra-muros: c’est faux, impossible et (selon moi) pas souhaitable. Pourquoi donc ne pas tenter d’autres pistes?


Jean Prétôt est enseignant à l’École secondaire de la Haute-Sorne (ESHS) et coordinateur du français pour les écoles du Canton du Jura.

Pour aller plus loin: « Quinte de tout », une activité de français pour les élèves de 9e à 11e années, réalisée en 2017 pour le cyberdefi du Centre MITIC interjurassien

Série d’articles « Ce que le confinement fait au théâtre »

Huis clos en quarantaine

PAR ANTOINE JORAY • Qu’est-ce que le confinement fait au théâtre ? Alors là, aucune idée. Cependant, étant en quarantaine et n’ayant, par conséquent, rien d’autre à faire, je ne baisse pas les bras tout de suite et cherche, dans ma mémoire livresque (qui n’a pas bénéficié de mise à jour dans ce genre-là depuis la lointaine époque du lycée), une pièce de théâtre ayant un lien avec le confinement, et la seule œuvre qui me vient à l’esprit est la suivante : Huis clos de Jean-Paul Sartre.

Je me rends donc dans ma bibliothèque avec le fol espoir qu’elle s’y trouve et le miracle a lieu. Le précieux sésame se situe entre un livre de Antoine de Saint-Exupéry et de Éric-Emmanuel Schmitt (oui je range ma bibliothèque comme si c’était une librairie).

Du coup, n’attendant pas une minute de plus, je prends le livre et le dépoussière en le lisant. Une petite heure plus tard, je sais quoi répondre, même si c’est à côté de la question:

Le confinement, c’est un Huis clos entouré par des gens que nous aimons et qui nous aiment. Et en plus, nous sommes vivants.


Série d’articles « Ce que le confinement fait au théâtre »