À la soupe!

Sur une place de mon quartier, il y a un petit rocher haut d’une cinquantaine de centimètres et creusé sur le dessus. Les enfants viennent y « préparer la soupe ». De l’eau de la fontaine, quelques feuilles arrachées à l’arbre, des cailloux et de la terre. C’est un rituel sans fin.

Le théâtre n’est rien d’autre que cette marmite à l’eau trouble qui rassemble des individus autour d’elle. On dit – pour jouer – qu’elle nourrit. Et c’est à la fois vrai, sinon on n’y consacrerait sans doute pas toute cette énergie, et faux: personne ne se risque vraiment à ingurgiter cette soupe.

Pédagogies coopératives: les trucs que j’ai envie de tester en théâtre

Normalement je ne travaille pas le dimanche. Sans doute un reste de mon éducation de servant de messe.

Mais ce week-end j’ai fauté. Je n’arrivais pas à interrompre ma lecture de « Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée » de Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy et Yasmine Vasseur.

Comme son titre l’indique, le bouquin parle de coopération à l’école. L’argument est le suivant: les pédagogies coopératives sont davantage déployées au degré primaire que chez les plus âgé·e·s. Pour diverses raisons. Pourtant, les auteur·trice·s affirment qu’il est tout à fait possible de mobiliser ces pratiques pédagogiques au collège et au lycée.

osez-pedagogies-cooperatives-college-lyceeUne classe coopérative est une structure complexe, systémique, cohérente et évolutive dans laquelle ceux qui la composent (enseignants, éducateurs ET élèves) construisent ensemble les moyens d’apprendre par une coopération instituée et organisée. Elle devient alors un élément central de la vie et du fonctionnement du groupe. » (Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée)

Voici quelques pratiques que ce livre m’a donné envie de tester.

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Ces histoires millénaires qui renaissent

Ça a déjà été fait. Parfois on le pense. Je l’avoue! Voire on le dit. Mais il n’y a sans doute rien de plus triste que cette phrase dans la bouche d’un·e adulte évaluant l’œuvre d’un·e élève. Une sentence qui se décline parfois en une fatigue. Ou pire. Un soupire.

Pouvoir injuste qui nie une expérience forcément singulière en se servant de l’arme de la connaissance. Mais « la connaissance des expériences des autres ne rend pas du tout expérimenté » , rappelait Célestin Freinet (« Capitalisme de culture »). Pour apprendre il faut donc toujours se réapproprier. Sans cesse incorporer. En permanence rejouer.

Le culte de l’originalité est d’ailleurs assez récent dans l’histoire de l’art: l’art contemporain en a fait son moteur. Au point d’ériger la transgression en norme. Mais l’art classique, par exemple, assumait pleinement son goût pour la reprise.

Pédagogie par l’expérience

Et entre l’idolâtrie artistique de l’originalité et la tyrannie pédagogique de la nouveauté, il n’y a qu’un pas. Alors, avec Jacques Rancière, « laissons les explicateurs « former » le « goût » et l’ « imagination » des petits messieurs, laissons-les disserter sur le « génie » des créateurs. Nous nous contenterons de faire comme ces créateurs: comme Racine qui apprit par coeur, traduisit, répéta, imita Euripide, Bossuet qui en fit autant pour Tertullien, Rousseau pour Amyot […]. » (« Le maitre ignorant »)

J’aimerais regarder tous les recommencements, tous les balbutiements, avec des yeux qui brillent.

Est-ce qu’on dit à l’enfant qui fait ses premiers pas « Ça a déjà été fait? ». Au soleil qui se lève?

D’une certaine manière le théâtre est en fait un habitué du recyclage. Il a son répertoire. Comme le jazz a ses standards. Et qu’est-ce que le répertoire théâtral, sinon ce recyclage? On rejoue « Le Tartuffe » de Molière. Mais pas tout à fait comme avant. Oui, ça a déjà été fait. Mais pas tout à fait comme ça. Pas grand-chose de nouveau sous le soleil, donc!

« Je veux écouter les histoires des anciens encore et encore / Ces histoires millénaires qui renaissent / On s’est connu y a trois mille ans, on se retrouve maintenant / Et nos enfants feront de même »