Les vacances de prof de théâtre

Les vacances de prof de théâtre, c’est les gens qui disent : «Ah mais oui, c’est que toi t’es en vacances.»

C’est la période où on se demande pourquoi tel projet prometteur n’a pas très bien fonctionné l’année passée et pourquoi celui-là, qui était bof sur le papier, restera définitivement gravé dans les mémoires. C’est le moment où on se rend compte qu’on aurait dû agir différemment avec cet élève et communiquer autrement avec cette personne. On se remémore les regards qui fusillent et les corps affalés. C’est le moment des regrets et des larmes. Des sanglots longs des violons.

Les vacances de prof de théâtre, c’est les gens qui disent : «Ah mais oui, c’est que toi t’es en vacances.» Et franchement on ne peut pas leur donner tout à fait tort. Parce que les vacances de prof de théâtre, c’est six semaines, c’est payé (si on bosse à l’État), c’est l’été, c’est la baignade, c’est le verre de rosé bien frais, c’est le plaisir coupable de hurler sur une terrasse bondée «JE SUIS EN VA-CAAAAAN-CES !». La chemise en lin ouverte et les shorts colorés.

Les vacances de prof de théâtre, beaucoup les idéalisent, tout le monde les jalouse un peu, mais quand il faut dire oui à une initiative populaire visant à allonger les vacances en Suisse, là tout à coup y a plus personne.

Cela dit les vacances de prof de théâtre, c’est aussi planifier le futur. Ajuster, écrire, inventer, réfléchir, téléphoner. C’est la pièce de théâtre à lire et la boite email à ouvrir.

Les vacances de prof de théâtre, c’est le moment où on prend du recul. Où on se dit que prof de français, c’est quand même généralement mieux payé, mieux reconnu, mieux employable et les parents savent ce qu’on fait. Où on se dit que comédienne ou comédien, ça fait quand même plus classe dans les cocktails ou sur une carte de visite.

Les vacances de prof de théâtre, c’est le moment où on part à la montagne. On se dit qu’on déconnecte, qu’on ne consulte pas ses emails ni sur son ordinateur ni sur son smartphone ni sur sa montre connectée, qu’on ne répond pas aux messages. Mais on prend quand même un bouquin de pédagogie avec au cas où.

Oui, parce que les vacances de prof de théâtre, c’est se reposer quand on prévoit de se reposer, travailler quand on prévoit de travailler, mais c’est aussi travailler quand on prévoit de se reposer et se reposer quand on prévoit de travailler.

Neutres, d’Arlequin ou chirurgicaux. Les vacances de prof de théâtre en 2020, c’est se demander si on fera du théâtre avec des masques à la rentrée.

Les vacances de prof de théâtre, c’est les gens qui disent :«Ah mais oui, c’est que toi t’es en vacances.» Et franchement, ils n’ont pas tout à fait tort. Mais pas tout à fait raison non plus.

Ah, tiens ! Les vacances, c’est déjà fini.

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