Jeux d’échauffement: comment ne pas éliminer?

La semaine dernière, j’avouais une passion retrouvée pour les petits jeux d’échauffement. Mais qu’on se rassure! Cette libération de pulsions refoulées s’inscrit dans un cadre: je suis quasiment intransigeant sur la question de l’élimination. Voire psychorigide.

Tout le monde se met en cercle! Les pieds bien ancrés dans le sol et les bras le long du corps. Pan! Le jeu commence. Et puis, celles et ceux qui ne connaissent pas encore très bien les règles s’assoient. Éliminé·es également celles et ceux qui sont un peu moins rapides. S’ajoutent à ces exilé·es Marie-Antoinette, qui regardait par la fenêtre, et un Jean-Saphorin affalé. Clac. Vroum. La petite musique de la compétition.

Alors comment transformer un jeu avec éliminations en une activité sans exclusion?

Lire la suite « Jeux d’échauffement: comment ne pas éliminer? »

Pour ou contre les jeux d’échauffement?

Parmi les animateur·trices de théâtre, il y a deux camps d’extrémistes qui se livrent une bataille sanguinaire. Depuis des millénaires. À ma droite, celles et ceux qui conçoivent leurs cours comme une succession d’échauffements, de pirouettes techniques et d’exercices ludiques. À ma gauche, les obsédé·es du spectacle, du projet, des scènes à passer et à retravailler.

Comment les distinguer? Les jeux! Les premier·ères passent une bonne partie de leurs ateliers à faire des jeux. Les second·es ne jurent que par le travail sur le plateau.

Alors faut-il commencer son cours de théâtre par un «clap», un «vroum-clac-coucou» ou un «samouraï»?

Lire la suite « Pour ou contre les jeux d’échauffement? »

Soeurs et frères artistes,

Je le sais, l’endroit d’où je vous écris est un peu particulier. Enseignant de théâtre, ce n’est ni tout à fait artiste, ni tout à fait enseignant. Depuis ces limbes qui me comblent, je vous chatouille parfois. Ou je vous questionne. Mais sans vous, sans vos acrobaties et vos mots médicaments, sachez que le brouillard serait bien plus épais. Aujourd’hui, j’ai le privilège – comme beaucoup – de continuer à exercer mon «art» alors que vous êtes réduit·es au silence.

D’ordinaire déjà, j’entends vos espoirs douchés parfois froidement au sortir des écoles. L’usure d’enchainer les projets (de plus en plus courts) et les périodes de «chômage» – puisque c’est dans cette case qu’on vous range. J’entends les dossiers à écrire. La concurrence malgré la solidarité de façade. J’ai vent de l’injonction à toujours créer. À toujours créer. J’assiste impuissant aux reconversions professionnelles quand la trentaine frappe à la porte. Je ne veux pas noircir le tableau mais dire la persévérance qu’il faut pour continuer l’activité qui est la vôtre. Cette persévérance force sinon l’admiration, au moins le respect.

Et aujourd’hui…

Lire la suite « Soeurs et frères artistes, »

L’essentiel, le superflu et le théâtre

Supermarchés ouverts contre théâtres fermés. Ce constat est devenu un lieu commun, alors que nous nageons en pleine deuxième vague de Covid-19 et tentons de garder la tête hors de l’eau. Contrairement à la première vague et ses mesures de (semi-)confinement qui touchaient quasiment tous les secteurs de notre vie sociale, cette période a ceci d’intéressant qu’elle permet de voir comment notre société catégorise ce qu’elle considère comme plus ou moins important.

Alors essentiels, les supermarchés. Moins essentiels, les théâtres. Essentiel, le travail à l’usine. Moins essentiel, le café du samedi matin. Essentielle, l’école en présentiel. Moins essentiel à l’université. Essentiel, le sport professionnel. Moins essentiel, un match amical. Essentiel, le métro. Moins essentielle, la disco.

Il ne s’agit pas d’abord de juger du bien-fondé d’un tel classement, mais de constater que « notre société » fait des choix. Des choix qui dépassent largement les individus, et même les logiques nationales. Des choix certainement déterminés par l’ordre socio-économique qui structure notre fonctionnement. Des choix qui seraient potentiellement différents ailleurs ou avant.

Alors dans ce contexte, comment affirmer que « la culture est essentielle » sans perdre la face, puisque beaucoup de signes semblent dire le contraire?

À vrai dire, je ne sais pas si le théâtre est essentiel.

Lire la suite « L’essentiel, le superflu et le théâtre »

Comment déjouer une scène violente (avec des mots)

Collaborer, c’est un art qui se muscle. Par exemple informellement en multipliant les situations de travail ou de jeu collectif. Depuis l’enfance nous sommes d’ailleurs souvent obligé·e·s de collaborer. Avec notre famille. Puis nos camarades de classe. Enfin nos collègues. Et cela se passe en général plutôt bien. La plupart du temps. Cela dit l’apprentissage peut aussi se faire de façon plus formelle. Par exemple à travers l’appropriation des outils de la communication non violente.

Les mots sont des fenêtres (ou des murs) est un ouvrage de référence dans le champ de ce que les initié·e·s appellent la CNV. Écrit par le psychologue étasunien Marshall Rosenberg, le livre détaille notamment les quatre fameuses composantes de cette approche : les faits observables, les sentiments générés par une situation, les besoins que ces sentiments traduisent et la formulation d’une demande. Lorsque je vois que …, je me sens …, parce que j’ai besoin de …, donc serais-tu d’accord de… ? Une fois la chansonnette entonnée, difficile d’oublier le refrain.

Mais la communication non violente ne se résume pas à cette formule. À une technique. En lisant ce livre, on découvre qu’elle est basée sur une conception complexe et positive de l’être humain chère au courant de la psychologie humaniste : «La CNV nous aide à renouer avec nous-mêmes comme avec les autres en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle.» Avec Marshall Rosenberg, les notions de bienveillance ou d’écoute profonde ne sont pas des slogans publicitaires placardés tous les deux mètres mais bien des pratiques qui peuvent s’ancrer dans le quotidien. Alors Imagine all the people / Living life in peace.


Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Editions Jouvence, 2016.