Soeurs et frères artistes,

Je le sais, l’endroit d’où je vous écris est un peu particulier. Enseignant de théâtre, ce n’est ni tout à fait artiste, ni tout à fait enseignant. Depuis ces limbes qui me comblent, je vous chatouille parfois. Ou je vous questionne. Mais sans vous, sans vos acrobaties et vos mots médicaments, sachez que le brouillard serait bien plus épais. Aujourd’hui, j’ai le privilège – comme beaucoup – de continuer à exercer mon «art» alors que vous êtes réduit·es au silence.

D’ordinaire déjà, j’entends vos espoirs douchés parfois froidement au sortir des écoles. L’usure d’enchainer les projets (de plus en plus courts) et les périodes de «chômage» – puisque c’est dans cette case qu’on vous range. J’entends les dossiers à écrire. La concurrence malgré la solidarité de façade. J’ai vent de l’injonction à toujours créer. À toujours créer. J’assiste impuissant aux reconversions professionnelles quand la trentaine frappe à la porte. Je ne veux pas noircir le tableau mais dire la persévérance qu’il faut pour continuer l’activité qui est la vôtre. Cette persévérance force sinon l’admiration, au moins le respect.

Et aujourd’hui…

Qu’on cloue le bec aux rossignols pour un temps, c’est une chose. Mais où sont la pommade et les bandages? Les applaudissement sur les balcons? La convalescence généreuse – forcément possible dans un des pays les plus riches au monde? Vous méritez autre chose que des promenades en cage!

Je vous imagine vous taire, puis espérer, puis déchanter. Et puis peut-être? Et puis non! Puis regretter. Éteindre rageusement la cigarette dans le cendrier, devant la salle d’attente. Cela fend le cœur.

Soeurs et frères artistes, il y a une part de vous en chacun·e de nous. La part de l’enfant qui éclabousse un peu le monde en sautant dans une flaque. Vous négliger, c’est nous atrophier.

Un jour – je le sais – vous vous relèverez. C’est le destin des mômes aux genoux écorchés, des saltimbanques et des phénix. Mais ce jour-là, nous boiterons un peu aussi.

Alors je vous souhaite des jours meilleurs, et vous envoie mes salutations solidaires.

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