Prétexte

– Et tu as dessiné quoi, à la crèche?

– Ben rien! J’ai juste dessiné.

Cela fait sérieux: on affirme qu’on a un message à transmettre. Que c’était une nécessité, une urgence existentielle de s’emparer de ce thème, précise-t-on avec la voix grave, un peu tremblante, le regard à l’horizon et l’écharpe indomptable.

Jouer une histoire. L’adulte pense que l’histoire c’est le texte. Et jouer, un prétexte. L’enfant à l’intérieur le regarde avec tendresse et se dit qu’un jour, sans doute, l’adulte apprendra.

Monologue

Parler à une mosaïque de rectangles gris, c’est déprimant. «Vous pouvez allumer vos caméras?» Les rideaux de pixels se lèvent peu à peu sur des visages qu’on espère attentifs. C’est plus humain. Un peu.

Quels besoins se cachent derrière cette injonction à se dévoiler? Contrôler, peut-être. Observer les effets de son discours sur l’assemblée, sans doute. Ajuster, éventuellement.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: ça ne rend pas la pédagogie particulièrement plus active. Ça ne transforme pas d’un coup de baguette magique le monologue en dialogue. Et ça prive le public du rideau réconfortant de la pénombre.

Molière

Molière, c’est la troupe, les tréteaux. Et le rythme berçant de ses alexandrins. Molière, très tôt, c’est le coup de foudre. C’est un magasin de farces et attrapes installé à quelques centimètres du trône royal. C’est un pétard qui éclate sous le nez du roi. Et qui le fait sourire. Molière, c’est le carnaval, les joyeux renversements, les déguisements. Et des masques à démasquer. À la pelle. Molière, c’est ce qui nous manque parfois. Et qu’on retrouve aussi, parfois.


À découvrir: actions pédagogiques, formations et ressources sur le site de l’opération Molière de l’Association nationale de recherche et d’action théâtrale (ANRAT)

Image: ANRAT