Le théâtre, une expérience à vivre dans le lien

PAR MATTHIAS URBAN • Le goût de la pratique du théâtre se transmet-il ? Quelques réponses en me fondant sur mon expérience de comédien, de metteur en scène et de formateur.

Les cours de l’école de Théâtre Diggelmann à Lausanne m’ont profondément marqué. Le fondateur de cette école, Gérard Diggelmann, nous accueillait une fois par semaine, à raison d’une heure et demie de cours. Pendant près d’une décennie, j’ai suivi avec passion ces cours de théâtre, basés sur la méthode développée par le metteur en scène.

Qu’est-ce qui m’a été transmis ? Une méthode ? Un savoir technique ? Un solfège d’acting ? C’est avant tout un état d’esprit, basé sur la confiance et la complicité du groupe qui m’a permis d’aborder le théâtre et sa pratique, d’y grandir, jusqu’à aujourd’hui où j’ai choisi d’en faire mon métier.

Dans le cadre des mes réflexions actuelles sur la manière d’aborder le théâtre et son enseignement, je réfléchis à la façon de créer ce cercle de confiance afin que chaque participant trouve sa place dans un cadre bienveillant, nécessaire à mon sens pour se mettre en jeu, rencontrer l’autre et libérer toute sa créativité.

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Pourquoi le théâtre à l’école? (II)

PAR JD • Pour le développement individuel, apprendre à s’exprimer devant un auditoire, exprimer ses sentiments, travailler en groupe, partager etc…
Il me plait de résumer le théâtre à l’école en un mot: « LE RESPECT ».
Cela commence par le respect de soi-même, ne pas mettre son intégrité en jeu juste pour faire le buzz, se faire confiance. Ensuite le respect de l’autre à qui l’on donne la réplique, que l’on écoutera. Il y a bien sûr le respect de l’auteur, on ne va pas galvauder, détourner son texte. Il reste aussi le respect du metteur en scène, du matériel, du décor. Et surtout le respect du public à qui l’on se doit de présenter un travail accompli.
Voici une raison, parmi beaucoup d’autres, qui fait que le théâtre a sa place à l’école, apprendre le sens de ce mot qui fait tellement défaut actuellement.


Pourquoi le théâtre à l’école? (I)

PAR JEAN PRÉTÔT (ENSEIGNANT) • Pour tomber les masques, renverser le gel et postillonner, projeter tout ce qu’on a dû taire, sur ceux qu’on n’a pas pu voir, réunir les absents, propager du réel, avec ses frissons et ses larmes, avec ses complexes et ses joies, inonder la salle du vivant, la faire grandir jusqu’à la soulever et voir des mains claquer, ouvrir les fenêtres sur un dehors où les accolades sont devenues parenthèses et les yeux des bouches. Pour retrouver aussi l’humain, reconstruire des scènes sous ses pieds et voir remuer ses lèvres, agiter des corps et pointer l’horizon, bâtir de nouveaux décors, peindre la vie, se rouler dedans puis se jeter, sans crainte, dans la foule. Pour, enfin, entendre à nouveau le cri primal et impertinent de la jeunesse, son besoin de respirer et, après avoir eu si peur, hurler avec elle.


Génération fantôme

Génération fantôme

Le monologue qui suit est issu de la pièce de théâtre « Génération fantôme » de Camille Rebetez.  Publiée en 2019 aux Éditions Passage(s), l’œuvre résonne avec la crise sanitaire, politique et existentielle actuelle. Cette seizième scène particulièrement!

Et plus loin, en écho, un portrait de l’auteur et du processus de création de ce spectacle fabriqué avec une trentaine d’élèves.


16. Génération fantôme

PAR CAMILLE REBETEZ

(Blanche tient toujours son chien en laisse. Durant ce monologue, certain-es Fugueur-euses, la rejoignent.)

BLANCHE – Vivre une crise. Une vraie grande crise qui nous oblige. Vivre un autre état du monde.

Yeux dans les yeux avec le vide.

Ne plus jamais sortir d’un shop de station d’essence avec un Kinder Bueno, comme un toxico qui s’envoie son dernier shoot de plaisir raté avec la nuit.

Voir des étagères vides, des pénuries.

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