Soeurs et frères artistes,

Je le sais, l’endroit d’où je vous écris est un peu particulier. Enseignant de théâtre, ce n’est ni tout à fait artiste, ni tout à fait enseignant. Depuis ces limbes qui me comblent, je vous chatouille parfois. Ou je vous questionne. Mais sans vous, sans vos acrobaties et vos mots médicaments, sachez que le brouillard serait bien plus épais. Aujourd’hui, j’ai le privilège – comme beaucoup – de continuer à exercer mon «art» alors que vous êtes réduit·es au silence.

D’ordinaire déjà, j’entends vos espoirs douchés parfois froidement au sortir des écoles. L’usure d’enchainer les projets (de plus en plus courts) et les périodes de «chômage» – puisque c’est dans cette case qu’on vous range. J’entends les dossiers à écrire. La concurrence malgré la solidarité de façade. J’ai vent de l’injonction à toujours créer. À toujours créer. J’assiste impuissant aux reconversions professionnelles quand la trentaine frappe à la porte. Je ne veux pas noircir le tableau mais dire la persévérance qu’il faut pour continuer l’activité qui est la vôtre. Cette persévérance force sinon l’admiration, au moins le respect.

Et aujourd’hui…

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L’essentiel, le superflu et le théâtre

Supermarchés ouverts contre théâtres fermés. Ce constat est devenu un lieu commun, alors que nous nageons en pleine deuxième vague de Covid-19 et tentons de garder la tête hors de l’eau. Contrairement à la première vague et ses mesures de (semi-)confinement qui touchaient quasiment tous les secteurs de notre vie sociale, cette période a ceci d’intéressant qu’elle permet de voir comment notre société catégorise ce qu’elle considère comme plus ou moins important.

Alors essentiels, les supermarchés. Moins essentiels, les théâtres. Essentiel, le travail à l’usine. Moins essentiel, le café du samedi matin. Essentielle, l’école en présentiel. Moins essentiel à l’université. Essentiel, le sport professionnel. Moins essentiel, un match amical. Essentiel, le métro. Moins essentielle, la disco.

Il ne s’agit pas d’abord de juger du bien-fondé d’un tel classement, mais de constater que « notre société » fait des choix. Des choix qui dépassent largement les individus, et même les logiques nationales. Des choix certainement déterminés par l’ordre socio-économique qui structure notre fonctionnement. Des choix qui seraient potentiellement différents ailleurs ou avant.

Alors dans ce contexte, comment affirmer que « la culture est essentielle » sans perdre la face, puisque beaucoup de signes semblent dire le contraire?

À vrai dire, je ne sais pas si le théâtre est essentiel.

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Pourquoi le théâtre à l’école? (II)

PAR JD • Pour le développement individuel, apprendre à s’exprimer devant un auditoire, exprimer ses sentiments, travailler en groupe, partager etc…
Il me plait de résumer le théâtre à l’école en un mot: « LE RESPECT ».
Cela commence par le respect de soi-même, ne pas mettre son intégrité en jeu juste pour faire le buzz, se faire confiance. Ensuite le respect de l’autre à qui l’on donne la réplique, que l’on écoutera. Il y a bien sûr le respect de l’auteur, on ne va pas galvauder, détourner son texte. Il reste aussi le respect du metteur en scène, du matériel, du décor. Et surtout le respect du public à qui l’on se doit de présenter un travail accompli.
Voici une raison, parmi beaucoup d’autres, qui fait que le théâtre a sa place à l’école, apprendre le sens de ce mot qui fait tellement défaut actuellement.


Pourquoi le théâtre à l’école? (I)

PAR JEAN PRÉTÔT (ENSEIGNANT) • Pour tomber les masques, renverser le gel et postillonner, projeter tout ce qu’on a dû taire, sur ceux qu’on n’a pas pu voir, réunir les absents, propager du réel, avec ses frissons et ses larmes, avec ses complexes et ses joies, inonder la salle du vivant, la faire grandir jusqu’à la soulever et voir des mains claquer, ouvrir les fenêtres sur un dehors où les accolades sont devenues parenthèses et les yeux des bouches. Pour retrouver aussi l’humain, reconstruire des scènes sous ses pieds et voir remuer ses lèvres, agiter des corps et pointer l’horizon, bâtir de nouveaux décors, peindre la vie, se rouler dedans puis se jeter, sans crainte, dans la foule. Pour, enfin, entendre à nouveau le cri primal et impertinent de la jeunesse, son besoin de respirer et, après avoir eu si peur, hurler avec elle.


Rideau!

Épisode 6 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Voici venu le temps de faire le bilan de la série « Nicolas fait des analyses ». J’ai écrit quatre articles relatifs à la fabrication du genre dans les vidéos de Norman:

  1. Dans Norman fait le genre?, j’ai réfléchi à la place du genre dans les vidéos du célèbre youtubeur
  2. Tu as aimé cette représentation? consistait en une analyse du fonctionnement des représentations et stéréotypes présents dans les vidéos
  3. Dans l’article intitulé Règles du jeu et cartons rouges, je me suis penché plus spécifiquement sur les transgressions de conventions liées au genre
  4. J’ai évoqué dans Je suis Norman des mécanismes d’identification que l’on peut ressentir en regardant les vidéos

J’ai finalement réalisé une vidéo dans le style de Norman qui reprenait les points importants des analyses effectuées, tout en essayant de les évoquer dans un style plus léger.

Rendre un travail universitaire à travers des formes telles qu’un blog et une vidéo a été un exercice intéressant et pas forcément aisé sur lequel j’aimerais revenir, en guise de conclusion. L’occasion de tracer quelques lignes de fuite pour poursuivre la réflexion, d’évoquer quelques forces et limites de cette expérience.

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