Tribu

Certain·es camarades du lycée voyaient en l’option théâtre une véritable « secte ». Le jugement est sans doute un peu sévère, même si les pieds nus arpentant les couloirs, les habits sombres et les répliques hurlées depuis notre salle pouvaient générer quelques frayeurs auprès des économistes, linguistes et autres biologistes en devenir.

Mais parlons plutôt de « tribu », si vous le voulez bien. Il y aurait ainsi une tribu de théâtreux·ses, comme il y a une tribu de mécanicien·nes, une tribu d’employé·es de commerce, une tribu de médecins. Chaque tribu n’étant ni constituée une fois pour toute, ni totalement hermétique. Quoi de plus pertinent d’ailleurs que l’échelle de la tribu pour penser le social? Les ethnologues savent bien qu’étudier la société en général est quasiment impossible.

Et qu’est-ce qui rassemble des gens? Des mots, notamment, qui sont des hiéroglyphes tatoués dans nos paroles. On l’oublie parfois lorsqu’on est immergé dedans, mais chaque groupe social mobilise son propre langage. Accueillir des personnes dans une tribu, c’est donc également partager des mots. Je vous présente didascalies. Enchanté·e. Et voici réplique. Ravi·e de vous connaitre. Vous connaissez cour? Et pendrillon. Scénographie. Dramaturgie. Jardin. Plateau. Corde en a été bannie. Régie. Personnage. Ça en fait, du monde.

L’essentiel, le superflu et le théâtre

Supermarchés ouverts contre théâtres fermés. Ce constat est devenu un lieu commun, alors que nous nageons en pleine deuxième vague de Covid-19 et tentons de garder la tête hors de l’eau. Contrairement à la première vague et ses mesures de (semi-)confinement qui touchaient quasiment tous les secteurs de notre vie sociale, cette période a ceci d’intéressant qu’elle permet de voir comment notre société catégorise ce qu’elle considère comme plus ou moins important.

Alors essentiels, les supermarchés. Moins essentiels, les théâtres. Essentiel, le travail à l’usine. Moins essentiel, le café du samedi matin. Essentielle, l’école en présentiel. Moins essentiel à l’université. Essentiel, le sport professionnel. Moins essentiel, un match amical. Essentiel, le métro. Moins essentielle, la disco.

Il ne s’agit pas d’abord de juger du bien-fondé d’un tel classement, mais de constater que « notre société » fait des choix. Des choix qui dépassent largement les individus, et même les logiques nationales. Des choix certainement déterminés par l’ordre socio-économique qui structure notre fonctionnement. Des choix qui seraient potentiellement différents ailleurs ou avant.

Alors dans ce contexte, comment affirmer que « la culture est essentielle » sans perdre la face, puisque beaucoup de signes semblent dire le contraire?

À vrai dire, je ne sais pas si le théâtre est essentiel.

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L’art comme coopération

La figure de l’artiste génial·e, souvent original·e et forcément solitaire, a la peau dure comme une orange. Qu’est-ce que ça donne quand un sociologue, spécialiste du collectif, s’intéresse à des pratiques humaines souvent pensées à l’échelle de l’individu?

« Les mondes de l’art » du chercheur Howard Becker a été publié pour la première fois en 1982. Cet ouvrage est une exploration des rouages de la fabrication d’un objet artistique. « Au vrai, on s’aperçoit qu’il n’est pas excessif de dire que c’est le monde de l’art plutôt que l’artiste lui-même qui réalise l’oeuvre. » Tout le livre n’est qu’une déclinaison de cette formule – un peu espiègle, on en conviendra!

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Rideau!

Épisode 6 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Voici venu le temps de faire le bilan de la série « Nicolas fait des analyses ». J’ai écrit quatre articles relatifs à la fabrication du genre dans les vidéos de Norman:

  1. Dans Norman fait le genre?, j’ai réfléchi à la place du genre dans les vidéos du célèbre youtubeur
  2. Tu as aimé cette représentation? consistait en une analyse du fonctionnement des représentations et stéréotypes présents dans les vidéos
  3. Dans l’article intitulé Règles du jeu et cartons rouges, je me suis penché plus spécifiquement sur les transgressions de conventions liées au genre
  4. J’ai évoqué dans Je suis Norman des mécanismes d’identification que l’on peut ressentir en regardant les vidéos

J’ai finalement réalisé une vidéo dans le style de Norman qui reprenait les points importants des analyses effectuées, tout en essayant de les évoquer dans un style plus léger.

Rendre un travail universitaire à travers des formes telles qu’un blog et une vidéo a été un exercice intéressant et pas forcément aisé sur lequel j’aimerais revenir, en guise de conclusion. L’occasion de tracer quelques lignes de fuite pour poursuivre la réflexion, d’évoquer quelques forces et limites de cette expérience.

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