Je suis Norman

Épisode 4 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Comment un sociologue et un youtubeur peuvent-ils parler de la même chose, en l’occurrence des pratiques de drague? C’était le sujet de mon précédent article. Le voyage continue: après m’être intéressé aux processus de fabrication de différences que sont les « représentations » et les « ruptures » , voici venu le temps de me pencher sur un mécanisme nouveau.

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Règles du jeu et cartons rouges

Épisode 3 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Dans l’article précédent, je me suis attardé sur le processus de fabrication de « représentations », de stéréotypes, de généralisations qui concernent hommes et femmes. Il sera question ici des rapports de pouvoir liés à cette « différentiation » . Ces rapports de pouvoir seront analysés à travers les pratiques de drague: le youtubeur Norman et le sociologue Erving Goffman ont tous deux réfléchi à ces pratiques. Que nous apprennent-ils?

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Tu as aimé cette représentation?

Épisode 2 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Dans mon premier article consacré au genre dans les vidéos de Norman, j’ai avancé que ces vidéos ne peuvent pas, selon moi, se réduire à des questions de genre: les rapports entre femmes et hommes constituent une thématique parmi d’autres, que je me propose d’explorer. J’ai également annoncé que, plutôt que de m’intéresser à ce qu’est le genre, je vais tenter de montrer comment il est fabriqué dans ces vidéos.

Dans cet article, je vais m’attarder sur un premier procédé de « différentiation » lié au genre que j’ai déjà esquissé dans l’article précédent. Autrement dit, il s’agira de réfléchir à comment les différences entre femmes et hommes sont produites et véhiculées à partir de la vidéo ci-dessous:

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Norman fait le genre?

Épisode 1 de la série « Nicolas fait des analyses », consacrée à la mise en scène du genre. Un travail réalisé dans le cadre de mes études (Cours « Pop cultures et genre », Université de Neuchâtel, 2015-2016) et republié ici.

Norman raconte beaucoup de choses

« Les bilingues » , « Le retard » , « Les aventures hipsters » , « Les chemises » , « Top 13 des pires expressions » . Voici quelques-unes des vidéos de Norman que je préfère. Les thèmes abordés, ainsi que l’attestent les titres évoqués, sont variés: manières de parler, manières de se comporter, manières de s’habiller. Un nombre relativement important de ses vidéos semblent traiter spécifiquement de questions liées au « genre » : caractéristiques des femmes ou des hommes, rapports entre les deux, sexualité. Pour donner quelques exemples: « Meufs = Ovni » , « La virilité » , « Les mecs musclés » , « Les tue l’amour » , « La masturbation » , « Les techniques de drague » , « Les techniques de drague 2 » , « Le premier rencard » , « 10 choses que les femmes font mieux que les hommes » .

Qu’est-ce que le « genre » et comment est-il présent dans les vidéos de Norman? Ce sont deux questions (ô combien dangereuses) que je me propose d’éclaircir à l’aide d’une première vidéo:

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Ce que c’est qu’un·e artiste

Pour être tout à fait honnête je ne sais pas ce que c’est qu’un·e artiste. Adulte, il y a des questions qu’il ne faudrait plus poser.

Une musicienne je vois. Un auteur je comprends. Une peintre je conçois. Un metteur en scène j’envisage. Une actrice je visualise. Mais… un artiste? Cette aura de mystère.

Un jour de septembre j’ai poussé timidement la porte d’une bibliothèque vitrée pour trouver une réponse. À l’entrée: la droite ou la gauche. Et puis monter à l’étage. Ou pas. Pas vraiment le temps de réfléchir devant le regard pourtant bienveillant de la bibliothécaire. Pas eu le courage de lui adresser un « bonjour je voudrais savoir ce que c’est qu’un·e artiste s’il vous plait pitié ». Ça n’aurait pas fait très pro. Alors j’ai bifurqué. Un peu au hasard.

J’ai atterri devant un rayon. Ouvert quelques bouquins. Et la seule réponse obtenue se résume en gros à « l’art est ce que les gens définissent comme de l’art ». Dans la section « philosophie » j’aurais sans doute eu droit à quelques digressions en latin sur l’essence de l’art. En « littérature » j’aurais peut-être pu dresser une liste de critères qui définissent le génie artistique. Mais en « sciences sociales », « l’art est ce que les gens définissent comme de l’art ». Super!

Je suis Oedipe sidéré par l’énigme du sphinx.

Retentit alors la symphonie des « et si ». Une partition d’ailleurs exécutée par des musicien·ne·s plutôt que des artistes. Comme par hasard! Et si je n’avais pas eu la flemme de monter les escaliers? Et si j’avais bifurqué à gauche? Et si j’avais eu le courage de m’adresser à la bibliothécaire? Et si j’avais obtenu une réponse claire, rassurante, intelligente? Une réponse d’adulte? Et si j’avais tout simplement fait semblant de savoir?

Mais non. Ouvrir le capot. Plonger les bras à l’intérieur. Huile, câbles, tuyaux. S’attarder sur les processus. Pas uniquement la belle carrosserie. Scruter les rapports de pouvoir. Saluer le technicien lumière qui travaille dans l’ombre. Bloquer sur les catégorisations. Les légitimations. Vous fabriquerez le même objet artistique. Mais toi, tu seras artiste. Toi, technicienne. Vous peindrez un même tableau. Mais toi l’artiste. Toi l’artisan. Toi, tu seras adulé de ton vivant. Et toi, pas de chance, ovationnée dans ta tombe. Et pendant qu’on y est, toi la professionnelle. Toi l’amateur. Globalement il faut bien l’avouer, c’est le bordel. Et afin de ne pas oublier mes mains joliment salies par ce cambouis, je me suis fait tatouer sur la cuisse gauche cette formule espiègle et magnifique du sociologue et pianiste Howard Becker: « Au vrai, on s’aperçoit qu’il n’est pas excessif de dire que c’est le monde de l’art plutôt que l’artiste lui-même qui réalise l’oeuvre. » En latin.

Pour être tout à fait honnête il manque un point d’interrogation au titre de cet article. Certaines questions il ne faut jamais les laisser retomber par terre.