Le visage social de la jungle

L'entraide, l'autre loi de la jungle, Pablos Servigne et Gauthier ChapelleDe quelques cours de biologie on n’a retenu qu’une grossière caricature du principe de la sélection naturelle. Ô rage! On conçoit bien sûr que les humains parviennent parfois à s’entendre. Mais on imagine surtout que ce qui structure le vivant, c’est la compétition. Du protozoaire à l’homo sapiens. Ô désespoir! Les scientifiques et militants Pablo Servigne et Gauthier Chapelle mettent un peu d’ordre dans tout ça. Leur note d’espoir dépourvue de naïveté est un ouvrage qui s’intitule «L’entraide, l’autre loi de la jungle».

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Pédagogies coopératives: les trucs que j’ai envie de tester en théâtre

Normalement je ne travaille pas le dimanche. Sans doute un reste de mon éducation de servant de messe.

Mais ce week-end j’ai fauté. Je n’arrivais pas à interrompre ma lecture de « Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée » de Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy et Yasmine Vasseur.

Comme son titre l’indique, le bouquin parle de coopération à l’école. L’argument est le suivant: les pédagogies coopératives sont davantage déployées au degré primaire que chez les plus âgé·e·s. Pour diverses raisons. Pourtant, les auteur·trice·s affirment qu’il est tout à fait possible de mobiliser ces pratiques pédagogiques au collège et au lycée.

osez-pedagogies-cooperatives-college-lyceeUne classe coopérative est une structure complexe, systémique, cohérente et évolutive dans laquelle ceux qui la composent (enseignants, éducateurs ET élèves) construisent ensemble les moyens d’apprendre par une coopération instituée et organisée. Elle devient alors un élément central de la vie et du fonctionnement du groupe. » (Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée)

Voici quelques pratiques que ce livre m’a donné envie de tester.

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La boite à outils de Jacques Rancière

Arrangée par un de mes enseignants, ma rencontre avec le philosophe Jacques Rancière a été un coup de foudre.

Cet intellectuel né en 1940 explore les liens entre esthétique et politique. Notamment à travers l’histoire du mouvement ouvrier.

Parfois, on a l’impression que des mots décrivent des aspirations que l’on avait, des pratiques que l’on bricolait. Et en même temps, ces mots génèrent de nouvelles représentations et renouvellent des façons de faire.

Gilles Deleuze l’affirmait: « C’est ça, une théorie, c’est exactement comme une boite à outils. Il faut que ça serve, il faut que ça fonctionne. » Voici un panorama de quelques outils conceptuels de l’auteur du « Maitre ignorant ».

À faire fonctionner sans modération!

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Génération fantôme

Génération fantôme

Le monologue qui suit est issu de la pièce de théâtre « Génération fantôme » de Camille Rebetez.  Publiée en 2019 aux Éditions Passage(s), l’œuvre résonne avec la crise sanitaire, politique et existentielle actuelle. Cette seizième scène particulièrement!

Et plus loin, en écho, un portrait de l’auteur et du processus de création de ce spectacle fabriqué avec une trentaine d’élèves.


16. Génération fantôme

PAR CAMILLE REBETEZ

(Blanche tient toujours son chien en laisse. Durant ce monologue, certain-es Fugueur-euses, la rejoignent.)

BLANCHE – Vivre une crise. Une vraie grande crise qui nous oblige. Vivre un autre état du monde.

Yeux dans les yeux avec le vide.

Ne plus jamais sortir d’un shop de station d’essence avec un Kinder Bueno, comme un toxico qui s’envoie son dernier shoot de plaisir raté avec la nuit.

Voir des étagères vides, des pénuries.

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Apprendre à jouer dans un décor instable

En quelques jours l’école doit se réinventer. Les enseignant·e·s se familiarisent avec des outils informatiques encore inconnus 24 heures auparavant. Les élèves sont contraint·e·s de gérer au mieux leur organisation – tâche ô combien difficile pour certain·e·s. Tout à coup les règles du jeu changent. On en oublie certaines. On en ébauche d’autres. Dans une urgence plus ou moins marquée.

Et si cette crise sanitaire mettait à l’épreuve notre capacité d’adaptation? Notre résilience?

Et si d’une certaine manière elle préparait élèves, étudiant·e·s, voire individus en général à évoluer dans un monde bouleversé et bouleversant? Cet apprentissage souterrain ne figure pas au programme scolaire officiel. Effectuée notamment à travers la réorganisation rapide de l’école (mais pas forcément grâce à elle), l’initiation pourrait s’avérer précieuse pour affronter le futur qui vient.

Récemment, le secrétaire général de l’ONU a qualifié la crise de « plus grand défi pour nous depuis la Seconde Guerre mondiale ». Sans s’attarder trop en détails sur l’ethnocentrisme d’une telle affirmation, ce propos met en lumière un constat: nous avons peut-être remarqué que nous ne naviguons plus dans les eaux tranquilles de l’Europe post-Guerre Mondiale (aisée et blanche). Mais nous sentons que nous voguons dans une mer légèrement plus tumultueuse.

Alors, regretter le temps jadis?

Alors, rejouer les gammes de la compétition?

Alors, pleurer les espoirs de nos grands-parents?

La maison avec la piscine.

Le 4×4 et les vacances en Thaïlande.

Alors, prier pour le retour du soleil?

Ou alors, fabriquer des boussoles?

Alors, apprivoiser comme on peut cette tempête?

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