Il est des nuits hantées par de sages angoisses

Je co-anime un atelier de théâtre dans une salle où un autre spectacle de fin d’année scolaire a eu lieu il y a deux semaines. Il s’agit cette fois de la dernière répétition avant la « première ».

Trois heures. Nous avons environ trois heures devant nous pour terminer la création. Mais le spectacle n’est pas du tout prêt!

Nous pensions initialement partir sur une création collective. Mais cela n’a rien donné. Nous avons finalement pris l’option de rejouer le spectacle monté avec un autre groupe dans cette même salle. Spectacle qui fut un succès. Mais vu les délais, il faut le jouer texte en main. Problème ? Certains enfants ne savent pas lire. Les parties narratives tiennent la route. Pas les moments d’action.

L’impression que tout est à faire.

Nous divisons alors le nombre de minutes à disposition par le nombre de scènes à jouer et commençons à défricher le tout. Scène après scène. Mais très vite, nous remarquons que nous cumulons le retard. Après une heure, nous prenons une pause. Il n’en reste que deux.

J’imagine alors une piste: lancer de petits groupes de comédien·nes en autonomie sur des scènes à travailler avec quelques consignes et conseils. Ainsi, au lieu de mobiliser tout le monde pour du travail en groupe-classe, les participant·es travailleront en parallèle. En archipel. Nous devons leur faire confiance.

Nous remarquons après un certain temps que cela ne fonctionne pas non plus: le temps est trop court. Encore.

La seule alternative que je vois: accepter que le spectacle soit bancal ce soir. Perspective aussi monstrueuse que libératrice.

Et espérer – l’éternelle utopie – utiliser le temps avant la deuxième représentation, demain, pour l’améliorer.

On dit que chaque corps de métier rêve à ses propres symboles. Il est des nuits hantées par de sages angoisses.

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