Simple

Ce que je vous demande est en fait assez basique.

Marquer clairement les entrées et sorties ainsi que le début et la fin de votre scène.

Savoir exactement où vous devez vous placer à quel moment et quelles actions vous êtes censé·es réaliser.

Connaitre votre texte par coeur, évidemment.

Ah oui, et puis jouer un personnage défini, avec des intentions claires.

Le tout en prenant garde au rythme de la scène, qui doit être à la fois dynamique et riche en variations.

Veillez aussi à utiliser des accessoires pertinents par rapport au propos tout en clarifiant le concept des costumes.

La lumière a son importance.

Mais n’oubliez pas la musique.

Pensez votre scène visuellement.

En un mot?

Cohérence.

Réfléchir à la scénographie peut aider.

Appuyez-vous sur vos connaissances de la théorie et l’histoire du théâtre, qui vous seront bien utiles.

Je ne mentionne pas la clarté des adresses et la limpidité de la diction.

Cela va de soi.

L’équilibre de plateau est un élément à prendre en compte.

Mais ça, vous savez.

Et rappelez-vous que vous jouez avec d’autres partenaires.

Bref.

Vous voyez.

Ce que je vous demande est en fait assez simple.

Non?

Prétexte

– Et tu as dessiné quoi, à la crèche?

– Ben rien! J’ai juste dessiné.

Cela fait sérieux: on affirme qu’on a un message à transmettre. Que c’était une nécessité, une urgence existentielle de s’emparer de ce thème, précise-t-on avec la voix grave, un peu tremblante, le regard à l’horizon et l’écharpe indomptable.

Jouer une histoire. L’adulte pense que l’histoire c’est le texte. Et jouer, un prétexte. L’enfant à l’intérieur le regarde avec tendresse et se dit qu’un jour, sans doute, l’adulte apprendra.

Monologue

Parler à une mosaïque de rectangles gris, c’est déprimant. «Vous pouvez allumer vos caméras?» Les rideaux de pixels se lèvent peu à peu sur des visages qu’on espère attentifs. C’est plus humain. Un peu.

Quels besoins se cachent derrière cette injonction à se dévoiler? Contrôler, peut-être. Observer les effets de son discours sur l’assemblée, sans doute. Ajuster, éventuellement.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: ça ne rend pas la pédagogie particulièrement plus active. Ça ne transforme pas d’un coup de baguette magique le monologue en dialogue. Et ça prive le public du rideau réconfortant de la pénombre.

Molière

Molière, c’est la troupe, les tréteaux. Et le rythme berçant de ses alexandrins. Molière, très tôt, c’est le coup de foudre. C’est un magasin de farces et attrapes installé à quelques centimètres du trône royal. C’est un pétard qui éclate sous le nez du roi. Et qui le fait sourire. Molière, c’est le carnaval, les joyeux renversements, les déguisements. Et des masques à démasquer. À la pelle. Molière, c’est ce qui nous manque parfois. Et qu’on retrouve aussi, parfois.


À découvrir: actions pédagogiques, formations et ressources sur le site de l’opération Molière de l’Association nationale de recherche et d’action théâtrale (ANRAT)

Image: ANRAT