Monologue

Parler à une mosaïque de rectangles gris, c’est déprimant. «Vous pouvez allumer vos caméras?» Les rideaux de pixels se lèvent peu à peu sur des visages qu’on espère attentifs. C’est plus humain. Un peu.

Quels besoins se cachent derrière cette injonction à se dévoiler? Contrôler, peut-être. Observer les effets de son discours sur l’assemblée, sans doute. Ajuster, éventuellement.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: ça ne rend pas la pédagogie particulièrement plus active. Ça ne transforme pas d’un coup de baguette magique le monologue en dialogue. Et ça prive le public du rideau réconfortant de la pénombre.

Incapables

Parler, jouer, écouter, bouger, regarder, rêver. Ce serait tellement plus simple de se dire que certain·es ne sont pas fait·es pour ça.

« Tout échec d’un élève (ou même toute difficulté avec un parent) est vécu comme un échec du milieu pédagogique lui-même ou, au moins, comme un questionnement fort du travail des maîtres », écrit Yves Reuter dans Une école Freinet.

Ce serait tellement plus triste de penser que certain·es ne sont pas fait·es pour exprimer, s’amuser, entendre, se mouvoir, observer, imaginer.


Image: St. Nicholas book of plays & operettas (*)

L’essentiel, le superflu et le théâtre

Supermarchés ouverts contre théâtres fermés. Ce constat est devenu un lieu commun, alors que nous nageons en pleine deuxième vague de Covid-19 et tentons de garder la tête hors de l’eau. Contrairement à la première vague et ses mesures de (semi-)confinement qui touchaient quasiment tous les secteurs de notre vie sociale, cette période a ceci d’intéressant qu’elle permet de voir comment notre société catégorise ce qu’elle considère comme plus ou moins important.

Alors essentiels, les supermarchés. Moins essentiels, les théâtres. Essentiel, le travail à l’usine. Moins essentiel, le café du samedi matin. Essentielle, l’école en présentiel. Moins essentiel à l’université. Essentiel, le sport professionnel. Moins essentiel, un match amical. Essentiel, le métro. Moins essentielle, la disco.

Il ne s’agit pas d’abord de juger du bien-fondé d’un tel classement, mais de constater que « notre société » fait des choix. Des choix qui dépassent largement les individus, et même les logiques nationales. Des choix certainement déterminés par l’ordre socio-économique qui structure notre fonctionnement. Des choix qui seraient potentiellement différents ailleurs ou avant.

Alors dans ce contexte, comment affirmer que « la culture est essentielle » sans perdre la face, puisque beaucoup de signes semblent dire le contraire?

À vrai dire, je ne sais pas si le théâtre est essentiel.

Lire la suite « L’essentiel, le superflu et le théâtre »

Politique culturelle: « Réro, ne me quitte pas! »

Je vous présente Réro! Réro, c’est le « Réseau des bibliothèques de Suisse occidentale ».

Quand je vais dans la bibliothèque de ma ville chercher un bouquin spécifique sur le théâtre ou la pédagogie et qu’il n’est pas présent sur l’étagère, je fais appel à mon ami Réro. Comme par magie, Réro me trouve le livre dans une autre bibliothèque publique ou universitaire de Suisse romande et me l’achemine en quelques jours tout près de chez moi. Comme par magie! Réro, il est génial.

Lire la suite « Politique culturelle: « Réro, ne me quitte pas! » »

Pour l’abolition du bord de scène!

Ce week-end, je devais suivre une formation au « bord de scène ».

Le « bord de scène » est une pratique qui consiste, après un spectacle, à organiser une discussion entre l’équipe artistique et le public.

Et je déteste les bords de scène.

Évidemment, il est tentant pour un·e programmateur·trice d’en organiser un. Ça ne coûte pas grand-chose. On demande aux spectateur·trice·s et aux artistes de rester 20-30 minutes de plus.

Lire la suite « Pour l’abolition du bord de scène! »