L’autonomie sans la coopération?

La semaine dernière, le média Heidi.news donnait le coup d’envoi à sa série dédiée à l’école réinventée. Premier épisode? Un sujet enthousiasmant consacré aux établissements scolaires du Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel. On y dresse sans idéalisme le portrait de classes flexibles: les élèves gèrent en partie leur temps et leurs espaces. On y évoque avec nuance la pédagogie de maitrise: chacun·e est capable de maitriser un sujet pour autant qu’on (se) laisse le temps d’apprendre. Le tout sous le patronage d’un directeur qui encourage mais n’impose pas.

Des étoiles dans les yeux, je me suis fait un croche-pied sur la remarque d’un enseignant féru de « maitrise inversée » (fusion de pédagogie de maitrise et de classe inversée). Celui-ci met le doigt avec honnêteté sur un obstacle rencontré: « La seule chose qui ne marche pas très bien, c’est la collaboration entre eux [les élèves]. Ils restent malgré tout très individualistes. » Alors peut-on réellement affirmer qu’une pédagogie favorise l’autonomie sans mobiliser la coopération? Tentative d’éclairage à partir de l’angle du théâtre.

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Quand apprendre dépend des autres

Quelle est la caractéristique majeure de la coopération? L’interdépendance positive, cette façon d’être lié·e aux autres tout en ayant une responsabilité propre. Comment la mettre en oeuvre? À travers diverses habitudes de travail collectif: projets coopératifs (une pièce de théâtre?), instauration d’un esprit de classe (vive la troupe!), évaluation prenant en compte la coopération. Et d’ailleurs, comment former les groupes? Il y a plusieurs manières: l’amitié, les intérêts, la ressemblance, la complémentarité, le hasard. À quoi ça sert, tout ça? À développer des habiletés sociales en mêmes temps que des habiletés cognitives.

L’apprentissage coopératif est un ouvrage collectif qui permet de répondre à de nombreuses questions que l’on peut se poser au sujet des pédagogies coopératives. Structuré en trois sections, l’ouvrage aborde à la fois des éléments conceptuels et donne quelques pistes pratiques. On y découvre les fondements théoriques de ce type de pédagogie, leurs applications possibles et un éventail de méthodes spécifiques.

« Il y a interdépendance positive quand le succès d’une ou d’un élève augmente les chances de succès des autres. » Ce livre est un excellent compagnon pour initier un cheminement sur la voie de cette exigence. Ou se rappeler quelques fondamentaux. Un voyage en tout cas pas solitaire!


Philip C. Abrami, Bette Chambers, Catherine Poulsen, Christina De Simone, Sylvia D’Apollonia et James Howden, L’apprentissage coopératif: théories, méthodes, activités. Chenelière, 1996

Jeux d’échauffement: comment ne pas éliminer?

La semaine dernière, j’avouais une passion retrouvée pour les petits jeux d’échauffement. Mais qu’on se rassure! Cette libération de pulsions refoulées s’inscrit dans un cadre: je suis quasiment intransigeant sur la question de l’élimination. Voire psychorigide.

Tout le monde se met en cercle! Les pieds bien ancrés dans le sol et les bras le long du corps. Pan! Le jeu commence. Et puis, celles et ceux qui ne connaissent pas encore très bien les règles s’assoient. Éliminé·es également celles et ceux qui sont un peu moins rapides. S’ajoutent à ces exilé·es Marie-Antoinette, qui regardait par la fenêtre, et un Jean-Saphorin affalé. Clac. Vroum. La petite musique de la compétition.

Alors comment transformer un jeu avec éliminations en une activité sans exclusion?

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Pour ou contre les jeux d’échauffement?

Parmi les animateur·trices de théâtre, il y a deux camps d’extrémistes qui se livrent une bataille sanguinaire. Depuis des millénaires. À ma droite, celles et ceux qui conçoivent leurs cours comme une succession d’échauffements, de pirouettes techniques et d’exercices ludiques. À ma gauche, les obsédé·es du spectacle, du projet, des scènes à passer et à retravailler.

Comment les distinguer? Les jeux! Les premier·ères passent une bonne partie de leurs ateliers à faire des jeux. Les second·es ne jurent que par le travail sur le plateau.

Alors faut-il commencer son cours de théâtre par un «clap», un «vroum-clac-coucou» ou un «samouraï»?

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Comment déjouer une scène violente (avec des mots)

Collaborer, c’est un art qui se muscle. Par exemple informellement en multipliant les situations de travail ou de jeu collectif. Depuis l’enfance nous sommes d’ailleurs souvent obligé·e·s de collaborer. Avec notre famille. Puis nos camarades de classe. Enfin nos collègues. Et cela se passe en général plutôt bien. La plupart du temps. Cela dit l’apprentissage peut aussi se faire de façon plus formelle. Par exemple à travers l’appropriation des outils de la communication non violente.

Les mots sont des fenêtres (ou des murs) est un ouvrage de référence dans le champ de ce que les initié·e·s appellent la CNV. Écrit par le psychologue étasunien Marshall Rosenberg, le livre détaille notamment les quatre fameuses composantes de cette approche : les faits observables, les sentiments générés par une situation, les besoins que ces sentiments traduisent et la formulation d’une demande. Lorsque je vois que …, je me sens …, parce que j’ai besoin de …, donc serais-tu d’accord de… ? Une fois la chansonnette entonnée, difficile d’oublier le refrain.

Mais la communication non violente ne se résume pas à cette formule. À une technique. En lisant ce livre, on découvre qu’elle est basée sur une conception complexe et positive de l’être humain chère au courant de la psychologie humaniste : «La CNV nous aide à renouer avec nous-mêmes comme avec les autres en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle.» Avec Marshall Rosenberg, les notions de bienveillance ou d’écoute profonde ne sont pas des slogans publicitaires placardés tous les deux mètres mais bien des pratiques qui peuvent s’ancrer dans le quotidien. Alors Imagine all the people / Living life in peace.


Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Editions Jouvence, 2016.