Comment déjouer une scène violente (avec des mots)

Collaborer, c’est un art qui se muscle. Par exemple informellement en multipliant les situations de travail ou de jeu collectif. Depuis l’enfance nous sommes d’ailleurs souvent obligé·e·s de collaborer. Avec notre famille. Puis nos camarades de classe. Enfin nos collègues. Et cela se passe en général plutôt bien. La plupart du temps. Cela dit l’apprentissage peut aussi se faire de façon plus formelle. Par exemple à travers l’appropriation des outils de la communication non violente.

Les mots sont des fenêtres (ou des murs) est un ouvrage de référence dans le champ de ce que les initié·e·s appellent la CNV. Écrit par le psychologue étasunien Marshall Rosenberg, le livre détaille notamment les quatre fameuses composantes de cette approche : les faits observables, les sentiments générés par une situation, les besoins que ces sentiments traduisent et la formulation d’une demande. Lorsque je vois que …, je me sens …, parce que j’ai besoin de …, donc serais-tu d’accord de… ? Une fois la chansonnette entonnée, difficile d’oublier le refrain.

Mais la communication non violente ne se résume pas à cette formule. À une technique. En lisant ce livre, on découvre qu’elle est basée sur une conception complexe et positive de l’être humain chère au courant de la psychologie humaniste : «La CNV nous aide à renouer avec nous-mêmes comme avec les autres en laissant libre cours à notre bienveillance naturelle.» Avec Marshall Rosenberg, les notions de bienveillance ou d’écoute profonde ne sont pas des slogans publicitaires placardés tous les deux mètres mais bien des pratiques qui peuvent s’ancrer dans le quotidien. Alors Imagine all the people / Living life in peace.


Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou des murs), Editions Jouvence, 2016.

Le théâtre, une expérience à vivre dans le lien

PAR MATTHIAS URBAN • Le goût de la pratique du théâtre se transmet-il ? Quelques réponses en me fondant sur mon expérience de comédien, de metteur en scène et de formateur.

Les cours de l’école de Théâtre Diggelmann à Lausanne m’ont profondément marqué. Le fondateur de cette école, Gérard Diggelmann, nous accueillait une fois par semaine, à raison d’une heure et demie de cours. Pendant près d’une décennie, j’ai suivi avec passion ces cours de théâtre, basés sur la méthode développée par le metteur en scène.

Qu’est-ce qui m’a été transmis ? Une méthode ? Un savoir technique ? Un solfège d’acting ? C’est avant tout un état d’esprit, basé sur la confiance et la complicité du groupe qui m’a permis d’aborder le théâtre et sa pratique, d’y grandir, jusqu’à aujourd’hui où j’ai choisi d’en faire mon métier.

Dans le cadre des mes réflexions actuelles sur la manière d’aborder le théâtre et son enseignement, je réfléchis à la façon de créer ce cercle de confiance afin que chaque participant trouve sa place dans un cadre bienveillant, nécessaire à mon sens pour se mettre en jeu, rencontrer l’autre et libérer toute sa créativité.

Lire la suite « Le théâtre, une expérience à vivre dans le lien »

L’art comme coopération

La figure de l’artiste génial·e, souvent original·e et forcément solitaire, a la peau dure comme une orange. Qu’est-ce que ça donne quand un sociologue, spécialiste du collectif, s’intéresse à des pratiques humaines souvent pensées à l’échelle de l’individu?

« Les mondes de l’art » du chercheur Howard Becker a été publié pour la première fois en 1982. Cet ouvrage est une exploration des rouages de la fabrication d’un objet artistique. « Au vrai, on s’aperçoit qu’il n’est pas excessif de dire que c’est le monde de l’art plutôt que l’artiste lui-même qui réalise l’oeuvre. » Tout le livre n’est qu’une déclinaison de cette formule – un peu espiègle, on en conviendra!

Lire la suite « L’art comme coopération »

Siffler en travaillant

Ce matin, les élèves sont chargé·e·s de confectionner des marionnettes et de les manipuler. Un œil attentif peut aisément constater que leur concentration n’est pas totale. Diantre! Ici, quelqu’un mâche un chewing-gum en scrutant un dialogue. Là, d’autres discutent de leurs amours tout en empoignant un texte de théâtre. Ailleurs, un natel projette de la musique. Celle prévue pour la scène, m’assure-t-on.

L’enseignant·e rêve parfois d’une implication sans concession des élèves. Cette dévotion fantasmée se heurte le plus souvent à un grave constat : rêveries et bavardages, francs ou voilés, manquent rarement à l’appel. C’est grave, docteur?

Lire la suite « Siffler en travaillant »