Ces histoires millénaires qui renaissent

Ça a déjà été fait. Parfois on le pense. Je l’avoue! Voire on le dit. Mais il n’y a sans doute rien de plus triste que cette phrase dans la bouche d’un·e adulte évaluant l’œuvre d’un·e élève. Une sentence qui se décline parfois en une fatigue. Ou pire. Un soupire.

Pouvoir injuste qui nie une expérience forcément singulière en se servant de l’arme de la connaissance. Mais « la connaissance des expériences des autres ne rend pas du tout expérimenté » , rappelait Célestin Freinet (« Capitalisme de culture »). Pour apprendre il faut donc toujours se réapproprier. Sans cesse incorporer. En permanence rejouer.

Le culte de l’originalité est d’ailleurs assez récent dans l’histoire de l’art: l’art contemporain en a fait son moteur. Au point d’ériger la transgression en norme. Mais l’art classique, par exemple, assumait pleinement son goût pour la reprise.

Pédagogie par l’expérience

Et entre l’idolâtrie artistique de l’originalité et la tyrannie pédagogique de la nouveauté, il n’y a qu’un pas. Alors, avec Jacques Rancière, « laissons les explicateurs « former » le « goût » et l’ « imagination » des petits messieurs, laissons-les disserter sur le « génie » des créateurs. Nous nous contenterons de faire comme ces créateurs: comme Racine qui apprit par coeur, traduisit, répéta, imita Euripide, Bossuet qui en fit autant pour Tertullien, Rousseau pour Amyot […]. » (« Le maitre ignorant »)

J’aimerais regarder tous les recommencements, tous les balbutiements, avec des yeux qui brillent.

Est-ce qu’on dit à l’enfant qui fait ses premiers pas « Ça a déjà été fait? ». Au soleil qui se lève?

D’une certaine manière le théâtre est en fait un habitué du recyclage. Il a son répertoire. Comme le jazz a ses standards. Et qu’est-ce que le répertoire théâtral, sinon ce recyclage? On rejoue « Le Tartuffe » de Molière. Mais pas tout à fait comme avant. Oui, ça a déjà été fait. Mais pas tout à fait comme ça. Pas grand-chose de nouveau sous le soleil, donc!

« Je veux écouter les histoires des anciens encore et encore / Ces histoires millénaires qui renaissent / On s’est connu y a trois mille ans, on se retrouve maintenant / Et nos enfants feront de même »

La boite à outils de Jacques Rancière

Arrangée par un de mes enseignants, ma rencontre avec le philosophe Jacques Rancière a été un coup de foudre.

Cet intellectuel né en 1940 explore les liens entre esthétique et politique. Notamment à travers l’histoire du mouvement ouvrier.

Parfois, on a l’impression que des mots décrivent des aspirations que l’on avait, des pratiques que l’on bricolait. Et en même temps, ces mots génèrent de nouvelles représentations et renouvellent des façons de faire.

Gilles Deleuze l’affirmait: « C’est ça, une théorie, c’est exactement comme une boite à outils. Il faut que ça serve, il faut que ça fonctionne. » Voici un panorama de quelques outils conceptuels de l’auteur du « Maitre ignorant ».

À faire fonctionner sans modération!

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La règle d’or pour écrire une critique de théâtre

Vous rongez votre stylo devant un page désespérément blanche. Vous hésitez à vous lancer dans l’écriture de votre première critique de spectacle. Parce qu’hier soir vous avez vu une mise en scène qui vous a bouleversé·e. Et vous avez développé un point de vue sur ce spectacle qui va être une véritable révélation pour l’humanité toute entière.

Genre une bombe nucléaire littéraire.

Seulement, vous ne savez pas par où commencer. Alors à mesure que les jours avancent vous rongez votre stylo qui fond comme une bougie. Et ça, franchement, c’est triste.

Heureusement, la lecture de cet article vous permettra de noircir enfin cette page. Ô joie!

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Dire adieu à la culpabilité du public

Vous êtes-vous déjà fait·e coincer par un metteur en scène hirsute à la sortie de son spectacle vous suppliant, la lèvre tremblante, d’avouer ô combien son oeuvre allait transformer radicalement votre vie?

Avez-vous déjà subi les assauts d’une technicienne lumière qui vous envoie via de courts flashs l’équivalent de la puissance lumineuse de trois astres solaires réunis? Et pendant 2 minutes?! Assise à sa régie, elle hurle intérieurement: « Faut qui s’réveille, ç’public! »

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