Nathalie Tacchella: « Vous êtes en train de fabriquer une danse tous ensemble »

Vous dansez comme un fou dans le salon de vos parents. Grand bond. Vous sautillez sur une table à une fête de village. Pirouette en avant. On vous invite à tenter un tango. Vous hésitez. Mais vous le faites pour ses beaux yeux. Certain·es sont plutôt hip-hop, classique ou pogos, d’autres contemporaine ou encore disco. Saut dans le temps. Vous faites virevolter un enfant dans votre propre salon. Et après? Est-ce qu’on sera un jour usé de ça? Est-ce qu’on dansera encore la vie jusqu’à la fin?

Si certaines personnes ont le super pouvoir de faire valser n’importe qui, n’importe quand, alors Nathalie Tacchella est sans doute de celles-là. La danseuse et chorégraphe genevoise installée au théâtre du Galpon dirige la compagnie de l’Estuaire. Elle se confie ici sur sa vision de la danse, son approche critique de la médiation culturelle et son parcours en forme de grands écarts entre les notes de musique, les mouvements et l’enseignement. Avec elle, danser est à portée de pied. Il suffit d’un pas: le premier. Entretien.

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Cartable

Le théâtre propose des billets à prix réduits. Et il faudrait naturellement que élèves arrivent avec des sacs lourds de bienséance et de reconnaissance. La semaine prochaine, on étudie Shakespeare. Si vos parents possèdent un exemplaire de Hamlet, glissez-le bien entendu dans votre cartable. L’école est obligatoire. Cela dit on apprécie que les élèves emportent dans leur besace une bonne dose de motivation.

Le service public (théâtre ou école), c’est celui qui ne renvoie pas à la maison l’élève qui a « oublié » ses affaires aujourd’hui.

L’autonomie sans la coopération?

La semaine dernière, le média Heidi.news donnait le coup d’envoi à sa série dédiée à l’école réinventée. Premier épisode? Un sujet enthousiasmant consacré aux établissements scolaires du Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel. On y dresse sans idéalisme le portrait de classes flexibles: les élèves gèrent en partie leur temps et leurs espaces. On y évoque avec nuance la pédagogie de maitrise: chacun·e est capable de maitriser un sujet pour autant qu’on (se) laisse le temps d’apprendre. Le tout sous le patronage d’un directeur qui encourage mais n’impose pas.

Des étoiles dans les yeux, je me suis fait un croche-pied sur la remarque d’un enseignant féru de « maitrise inversée » (fusion de pédagogie de maitrise et de classe inversée). Celui-ci met le doigt avec honnêteté sur un obstacle rencontré: « La seule chose qui ne marche pas très bien, c’est la collaboration entre eux [les élèves]. Ils restent malgré tout très individualistes. » Alors peut-on réellement affirmer qu’une pédagogie favorise l’autonomie sans mobiliser la coopération? Tentative d’éclairage à partir de l’angle du théâtre.

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Manifeste

Première Ministre, Margaret Thatcher n’enfila pas spécialement de gants. Maire de Paris, Jacques Chirac démocratisa la motocrotte. Moi, Président de la République, je décréterai le théâtre obligatoire à l’école.

Pour que se déplient nos corps. Pour se faire des croche-pieds sur des alexandrins, se relever et exploser d’un grand rire clownesque. Pour que nous soyons debout dans la lumière. Puis assis·es dans l’ombre. Pour que le mot devienne une parole. Et la parole un mot. Pour dire ce que d’autres ont écrit et écrire ce que d’autres ont vu. Pour s’abriter sous la peau d’une héroïne ou d’un criminel, d’une crapule ou d’un empereur. Pour répéter. Répéter. Répéter. Pour composer un monde. Pour faire ensemble, faire avec, faire semblant que tout ça c’est du sérieux.

Et parce que les gens sont quand même plus beaux sur scène. Ne demandez pas pourquoi. Mystère!