Choisir l’inclusion (même si ce n’est pas très à la mode)

On l’applaudit. Ou on le déteste. Socialement, le certificat covid trace une ligne de démarcation forte entre les individus. Vendredi dernier, le Conseil fédéral a confirmé sa volonté de ne plus rembourser les tests antigéniques1, renforçant de ce fait économiquement et symboliquement cette distinction entre les un·es et les autres. Quelles conséquences à moyen et long terme pour l’inclusion dans les mondes de l’art?

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Nathalie Tacchella: « Vous êtes en train de fabriquer une danse tous ensemble »

Vous dansez comme un fou dans le salon de vos parents. Grand bond. Vous sautillez sur une table à une fête de village. Pirouette en avant. On vous invite à tenter un tango. Vous hésitez. Mais vous le faites pour ses beaux yeux. Certain·es sont plutôt hip-hop, classique ou pogos, d’autres contemporaine ou encore disco. Saut dans le temps. Vous faites virevolter un enfant dans votre propre salon. Et après? Est-ce qu’on sera un jour usé de ça? Est-ce qu’on dansera encore la vie jusqu’à la fin?

Si certaines personnes ont le super pouvoir de faire valser n’importe qui, n’importe quand, alors Nathalie Tacchella est sans doute de celles-là. La danseuse et chorégraphe genevoise installée au théâtre du Galpon dirige la compagnie de l’Estuaire. Elle se confie ici sur sa vision de la danse, son approche critique de la médiation culturelle et son parcours en forme de grands écarts entre les notes de musique, les mouvements et l’enseignement. Avec elle, danser est à portée de pied. Il suffit d’un pas: le premier. Entretien.

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Cartable

Le théâtre propose des billets à prix réduits. Et il faudrait naturellement que élèves arrivent avec des sacs lourds de bienséance et de reconnaissance. La semaine prochaine, on étudie Shakespeare. Si vos parents possèdent un exemplaire de Hamlet, glissez-le bien entendu dans votre cartable. L’école est obligatoire. Cela dit on apprécie que les élèves emportent dans leur besace une bonne dose de motivation.

Le service public (théâtre ou école), c’est celui qui ne renvoie pas à la maison l’élève qui a « oublié » ses affaires aujourd’hui.

Manifeste

Première Ministre, Margaret Thatcher n’enfila pas spécialement de gants. Maire de Paris, Jacques Chirac démocratisa la motocrotte. Moi, Président de la République, je décréterai le théâtre obligatoire à l’école.

Pour que se déplient nos corps. Pour se faire des croche-pieds sur des alexandrins, se relever et exploser d’un grand rire clownesque. Pour que nous soyons debout dans la lumière. Puis assis·es dans l’ombre. Pour que le mot devienne une parole. Et la parole un mot. Pour dire ce que d’autres ont écrit et écrire ce que d’autres ont vu. Pour s’abriter sous la peau d’une héroïne ou d’un criminel, d’une crapule ou d’un empereur. Pour répéter. Répéter. Répéter. Pour composer un monde. Pour faire ensemble, faire avec, faire semblant que tout ça c’est du sérieux.

Et parce que les gens sont quand même plus beaux sur scène. Ne demandez pas pourquoi. Mystère!

Soeurs et frères artistes,

Je le sais, l’endroit d’où je vous écris est un peu particulier. Enseignant de théâtre, ce n’est ni tout à fait artiste, ni tout à fait enseignant. Depuis ces limbes qui me comblent, je vous chatouille parfois. Ou je vous questionne. Mais sans vous, sans vos acrobaties et vos mots médicaments, sachez que le brouillard serait bien plus épais. Aujourd’hui, j’ai le privilège – comme beaucoup – de continuer à exercer mon «art» alors que vous êtes réduit·es au silence.

D’ordinaire déjà, j’entends vos espoirs douchés parfois froidement au sortir des écoles. L’usure d’enchainer les projets (de plus en plus courts) et les périodes de «chômage» – puisque c’est dans cette case qu’on vous range. J’entends les dossiers à écrire. La concurrence malgré la solidarité de façade. J’ai vent de l’injonction à toujours créer. À toujours créer. J’assiste impuissant aux reconversions professionnelles quand la trentaine frappe à la porte. Je ne veux pas noircir le tableau mais dire la persévérance qu’il faut pour continuer l’activité qui est la vôtre. Cette persévérance force sinon l’admiration, au moins le respect.

Et aujourd’hui…

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