C’est toujours la même rengaine. Travaillé·es par l’angoisse de la mort la perspective de la fin, les participant·es demandent : «Est-ce que le spectacle va être filmé ?»
Pour capter la gloire de la chair de sa chair, un généreux papa offre alors d’acheminer à bord d’un SUV dernier cri son nouvel engin télescopique intelligent qu’il s’est offert à grand renfort d’obscurs bonus financiers pour Noël, en vue d’immortaliser des moments familiaux dont il ne voit pas la couleur, trop affairé qu’il est à collectionner les heures sup’.
Mais – ô désespoir! – à l’écran le bilan est sans appel. Percutante à l’oreille, la parole grésille. Brillant·es sur le plateau, les acteur·rices vacillent. Bref. La vidéo a cette fâcheuse tendance à aplatir la magie de la scène.
Car tout le monde déteste entendre sa propre voix enregistrée. Alors imaginez : voir votre propre corps bouger ?! Qui a sérieusement cru qu’on pourrait retrouver ici la densité d’une présentation?!
Le théâtre en images
Mais tout n’est pas perdu. Car voici poindre à l’horizon la cousine du septième art : la photographie ! Art du fragment. De la suggestion. De l’ellipse. Du mystère. Peut-être plus modeste, la photo semble souvent plus adéquate pour valoriser une performance des arts de la scène et garder quelques traces de ce paradis perdu qu’est toujours un spectacle.
Surtout si vous pouvez compter sur les yeux revolver d’une petite sœur magicienne.
Donc à l’heure de la restitution, troquons sans vergogne les caméscopes pour les polaroids. Il en va de la dignité des acteur·rices et de la poésie du jeu.
Oui! Si le théâtre passait bien à l’écran ça se saurait. Et on aurait inventé le cinéma.
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