À la soupe!

Sur une place de mon quartier, il y a un petit rocher haut d’une cinquantaine de centimètres et creusé sur le dessus. Les enfants viennent y « préparer la soupe ». De l’eau de la fontaine, quelques feuilles arrachées à l’arbre, des cailloux et de la terre. C’est un rituel sans fin.

Le théâtre n’est rien d’autre que cette marmite à l’eau trouble qui rassemble des individus autour d’elle. On dit – pour jouer – qu’elle nourrit. Et c’est à la fois vrai, sinon on n’y consacrerait sans doute pas toute cette énergie, et faux: personne ne se risque vraiment à ingurgiter cette soupe.

« C’est quoi? »

Les enfants sont des drogué·e·s du réel. D’abord ils·elles braquent leur tout petit index sur le monde. Et cette baguette magique transforme n’importe quoi en or: une fenêtre, un passant ou une grue. « Ça! Ça! Ça! » Leur interdire de montrer du doigt devrait d’ailleurs être prohibé.

Lorsqu’on assiste à un spectacle avec des petit·e·s, cette soif du monde prend la forme d’un concerto de « C’est quoi? ». Jolie interrogation!

Les vivant·e·s, même adultes, n’arrêtent pas de poser cette question. Les autres y ont – pour un temps au moins – renoncé.