3 raisons de baser vos cours de théâtre sur des histoires

Vous allez mettre sur pied un cours de théâtre pour enfants.

C’est la veille de la rentrée. Et vous réfléchissez à un programme qui va faire des vos apprenti·e·s comédien·ne·s des acteur·trice·s-hyyyypeeeer-stylé-e-s-comme-on-voit-à-la-télé-ou-encore-mieux-au-cinéma.

Vous réfléchissez aux aspects techniques que vous allez leur faire travailler: les déplacements, la construction de personnages, puis la voix, ensuite le travail de mémorisation d’un texte et peut-être qu’à la fin de l’année il restera 12 minutes pour leur faire imaginer une scène.

Et là vous vous dites que 12 minutes sur toute une année, c’est quand même pas beaucoup.

STOP!

Posez votre stylo. Respirez un coup. Et partez d’une histoire que vous avez envie de raconter: un conte, un mythe, une série télé. Ce récit servira de base à l’apprentissage de techniques et sera le moteur de votre atelier.

L’hypothèse: vos élèves s’amuseront en même temps qu’ils apprendront des trucs.

Vous hésitez? Voici 3 raisons d’adopter cette démarche.


1. L’histoire est un socle commun

Truc d’anthropologue: tous les groupes sociaux partagent une histoire commune – réelle ou imaginaire. Les Suisses? Guillaume Tell. Les Chrétiens? La Bible. Les patrons des grandes multinationales? Le mythe de la main invisible.

1024px-Gutenberg_Bible,_Lenox_Copy,_New_York_Public_Library,_2009._Pic_01Devinette: que partagent les membres d’une troupe de théâtre soudée?

  1. Une fondue?
  2. Un amour de l’art?
  3. Une histoire?

(Indice: il y a peut-être des véganes et des gens remplis de haine dans la troupe.)

Vous avez deviné: il s’agit de l’histoire. Ça peut être des fragments d’une pièce de Molière ou de Shakespeare, l’adaptation d’un conte de Grimm ou encore une création à partir d’un thème.

Quand j’étais petit, je faisais du cirque. Chaque année avait lieu un spectacle. Et chaque spectacle était construit autour d’un thème comme la bande dessinée ou la plage. Ce dont je me souviens aujourd’hui, ce sont les histoires. Et pas tellement l’enchaînement technique des figures de jonglage.

Donc histoire commune = équipe soudée.


2. Les participant-e-s s’identifient à des personnages

304px-Harry_potterEst-ce que vous aussi, vous avez passé vos nuits à lire Harry Potter caché·e sous votre couverture? Vous vous projetiez dans la peau des apprenti·e·s magicien·ne·s. Jusqu’à trembler de rage devant les injustices commises par l’horrible professeure Ombrage dans le tome 5.

Peut-être avez-vous été marqué·e par d’autres histoires. Mais vous avez déjà ressenti le pouvoir d’identification des récits. Cette incroyable capacité que vous avez à vous mettre à la place d’un personnage.

Le philosophe et sociologue Edgar Morin s’est penché sur les forces de l’art dans un livre intitulé Sur l’esthétique. En évoquant l’exemple du cinéma, il décrit les caractéristiques de cet état d’identification:

Les intellectuels disent que le spectateur est dans un état d’aliénation quasi hypnotique qui lui fait perdre la conscience lucide. Certes il y a une part de divertissement et d’oubli chez le spectateur. Mais il y a aussi et simultanément une clairvoyance: la participation au récit, l’identification aux personnages, ce rapport extraordinaire que nous avons avec les protagonistes du film font que nous sommes beaucoup plus compréhensifs et empathiques au cinéma que dans la vie normale. (Edgar Morin, Sur l’esthétique, p. 75)

En somme, baser votre atelier sur une histoire permet aux participant·e·s de s’identifier à des êtres de fiction. Une puissante source de plaisir et de compréhension. Elle est pas belle, la vie?


3. Une source inépuisable de jeu

Plutôt que de faire marcher vos élèves sur le plateau, faites-les marcher sur le plateau comme des petits chaperons rouges suivis par de grands méchants loups.

C’est en résumé ce que propose Bernard Grosjean dans son livre Dramaturgies de l’atelier-théâtre. Sa méthode? Utiliser une fiction comme un réservoir d’exercices.

Tout advient sous couvert de la fiction et selon ses besoins. (Bernard Grosjean, Dramaturgies de l’atelier-théâtre, p. 26)

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L’histoire est un puits sans fond!

En adoptant cette façon de construire l’atelier-théâtre, l’histoire et ses épisodes deviennent un terrain de jeu infini. Vous pouvez par exemple demander aux participant·e·s de:

  • Rejouer une même scène en mode « policier », « film d’horreur » ou « opéra »
  • Représenter le passé des méchant·e·s (« pourquoi le méchant loup est-il méchant? ») sous forme de tableaux humains figés
  • Adopter les points de vue des personnages secondaires
  • Imaginer la suite de l’histoire dans le cadre d’une activité d’écriture
  • Transposer les situations d’un conte dans le futur en utilisant une langue inventée
  • Etc.

En gros, vous adaptez les formes (les exercices de théâtre) au sens (l’histoire).

« Mais est-ce que les élèves ne vont pas s’ennuyer à se farcir l’histoire du chaperon rouge pendant toute l’année? », me demanderez-vous.

Peut-être.

Mais pas si vous variez les façons d’aborder l’histoire: en arrivant un jour avec une image qu’ils·elles doivent transposer en format théâtral, en débarquant un autre jour avec des répliques du conte, en leur demandant une autre fois d’écrire leur vision de la fable.

C’est un laboratoire artistique hyper stimulant qui se met en place. L’histoire nourrit le jeu qui nourrit l’histoire.

Et vous, avez-vous déjà expérimenté cette approche? Quel est le moteur de vos cours de théâtre?

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