Lorsque l’on disparait

Depuis le coin, tu regardes les groupes s’affairer autour d’une scène à jouer. Ici on s’aventure dans le texte. Là on esquisse quelques déplacements. Ailleurs on essaie un chapeau, une robe à paillettes, un veston.

Il y a des moments où le théâtre fonctionne sans toi. Où la troupe fonctionne sans toi. C’est étrange: de se sentir vraiment à sa place lorsque l’on disparait.

Flamber sous le feu des projecteurs? Pas tellement. Prendre la parole en public? Bof. Amuser la galerie? Peut-être demain. Tu préfères mille fois contempler les autres et tenter d’orchestrer leurs triomphes.

La pénombre est le biotope de celles et ceux qui animent, mettent en scène, enseignent, écrivent. L’acupuncture, l’art presque impossible de planter avec justesse ses aiguilles, puis s’en aller.

Comme cet heureux malheureux de Cyrano de Bergerac, à la fin de la pièce tu t’exclameras : «Oui, ma vie / Ce fut d’être celui qui souffle – et qu’on oublie !»

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