Incapables

Parler, jouer, écouter, bouger, regarder, rêver. Ce serait tellement plus simple de se dire que certain·es ne sont pas fait·es pour ça.

« Tout échec d’un élève (ou même toute difficulté avec un parent) est vécu comme un échec du milieu pédagogique lui-même ou, au moins, comme un questionnement fort du travail des maîtres », écrit Yves Reuter dans Une école Freinet.

Ce serait tellement plus triste de penser que certain·es ne sont pas fait·es pour exprimer, s’amuser, entendre, se mouvoir, observer, imaginer.


Image: St. Nicholas book of plays & operettas (*)

L’essentiel, le superflu et le théâtre

Supermarchés ouverts contre théâtres fermés. Ce constat est devenu un lieu commun, alors que nous nageons en pleine deuxième vague de Covid-19 et tentons de garder la tête hors de l’eau. Contrairement à la première vague et ses mesures de (semi-)confinement qui touchaient quasiment tous les secteurs de notre vie sociale, cette période a ceci d’intéressant qu’elle permet de voir comment notre société catégorise ce qu’elle considère comme plus ou moins important.

Alors essentiels, les supermarchés. Moins essentiels, les théâtres. Essentiel, le travail à l’usine. Moins essentiel, le café du samedi matin. Essentielle, l’école en présentiel. Moins essentiel à l’université. Essentiel, le sport professionnel. Moins essentiel, un match amical. Essentiel, le métro. Moins essentielle, la disco.

Il ne s’agit pas d’abord de juger du bien-fondé d’un tel classement, mais de constater que « notre société » fait des choix. Des choix qui dépassent largement les individus, et même les logiques nationales. Des choix certainement déterminés par l’ordre socio-économique qui structure notre fonctionnement. Des choix qui seraient potentiellement différents ailleurs ou avant.

Alors dans ce contexte, comment affirmer que « la culture est essentielle » sans perdre la face, puisque beaucoup de signes semblent dire le contraire?

À vrai dire, je ne sais pas si le théâtre est essentiel.

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Pour l’abolition du bord de scène!

Ce week-end, je devais suivre une formation au « bord de scène ».

Le « bord de scène » est une pratique qui consiste, après un spectacle, à organiser une discussion entre l’équipe artistique et le public.

Et je déteste les bords de scène.

Évidemment, il est tentant pour un·e programmateur·trice d’en organiser un. Ça ne coûte pas grand-chose. On demande aux spectateur·trice·s et aux artistes de rester 20-30 minutes de plus.

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Il faut tout un village pour élever un enfant

L’autre jour une brocante fermée tirait sa langue composée de livres exposés. Un titre m’attire: « Il faut tout un village pour élever un enfant ». Je glisse deux francs dans la boite. Je n’ai pas lu le livre parce que la couverture me suffit amplement.

C’est vrai ça, pour élever un enfant, il faut:

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Cher Fabrice,

J’aurais voulu avoir huit enfants et les emmener chaque soir au Théâtre Am stram gram que tu diriges. Ce rêve ne se réalisera pas puisque tu pars. Est-ce que tu perçois la tristesse dans ma voix quand je dis ça ? Je me console en me disant que de toute manière l’arc jurassien dans lequel j’évolue est un peu à Genève ce que Vladivostok est à Moscou. Une consolation, c’est un mensonge habillé en robe de soirée rouge.

Le programme de ta dernière saison est sorti hier. J’aurais tellement aimé emmener les gamins au Prince de la terreur, contempler Pinocchio et danser comme des fous sous la boule à facettes de la boom littéraire. Avec la tribu de marmots on aurait ri, pleuré, eu un petit peu peur, on aurait été très en colère et on aurait hurlé de rire. Oui tout ça. On aurait bu un sirop grenadine.

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