La scène est décrite dans un récent récit de Rozenn Le Berre intitulé Sur la crête. La femme de Lettres tente un jour d’entamer une discussion avec un jeune dans un foyer de justice. « T’as déjà lu un livre? » Logan enlève un de ses écouteurs. L’animatrice d’atelier d’écriture entrevoit alors une « petite victoire ». Mais Logan retourne à son téléphone portable. Elle lui lance un livre minuscule. Six pages. Six mots. « Voilà, maintenant t’as lu un roman. » « Wesh c’est un roman, ça? »
Tout le monde a peur du fragment. On use sa vie à vouloir monter une tragédie alors qu’il faudrait pour commencer laisser une réplique se déployer à l’infini. Ou presque.
La scène relayée par Rozenn Le Berre dit l’importance de commencer la grande aventure par le petit pas. « Toute la puissance de la langue est dans le tout d’un livre », écrit Jacques Rancière dans Le maitre ignorant. « Toute la connaissance de soi comme intelligence est dans la maitrise d’un livre, d’un chapitre, d’une phrase, d’un mot. »
Pire, donc! Le petit pas contient la grande aventure!
